JIISTOIRE SOCIALISTJ;; t5'.l7 nelle, qu'on ne dise pas que le silence du peuple a pu êlre regardé par l'assemblée comme une approbation de ses principes el une adhésion à ses décrets. La poslérilé saura qu'il s'est trouvé un homme assez courageux pour les comballre el pour protester en son nom el au nom de ses semblables contre cette violation des droits sacrés el imprescriptibles de la nature el de la justice. « Mais, comme la sagesse el les lumières de l'Assemblée nationale sont conHues par une heureuse expérience, comme elle a manifesté dans tous les moments la plus tendre sollicitude pour les pauvres el le plus saint respect pour l'humanité, nous n'élèverons aucun doute sur Je véritable sens qu'on doit attacher à l'article des droits de la propriété que nous avons cilé, el nous nous contenterons d'en donner l'application, en démontrant la nécessité d'un partage des terres du royaume, en faisant voir la facilité de l'exécuter, en réfutant les principales objeclions qu'on y pourrait opposer. » Voilà donc que le communisme ( sous la forme rudimentaire, il est vrai, du partage agraire) élève ~a protestation contre l'interprétation oligarchique du droit de propriété. Il interrompt la prescription bourgeoise; el ce n'est pas une utopie, ce n'est pas une imagination romanesque opposée nonchalamment à la réalité : c'est une reYendicalion directe, précise, c'est l'utilisation pratique, dans un sens égalitaire, des principes qui sont formulés el des événements qui se développent. Encore un pas, el la loi agraire va se dresser en face de la Révolution, la sommer de prendre parti. Grand péril pour la Révolution qui, avant d'en a,oir fini avec ses ennemis d'ancien régime, va se trouver aux prises avec des hommes nés de son propre sein, avec des fils révollés qui réclament leur héritage el veulent donner une forme nouvelle au patrimoine révolutionnaire à peine constitué. Grand péril pour le communisme et la loi agraire qui risquent, en se heurtant trop tôt à la Révolution, de se réduire à l"état de secte. c·est ce que Babeuf comprend, a\'ec cel opportunisme admirable que plus lard le blanquisme héritera de lui. La lellre pril·ée, qu'à la fin de 1791 il adressa à Coupé (de l'Oise) récemment élu à la Législative, el que M. Espinas, l'ayant reçue de M.Charavay, a publiée dans son élude sur Babeuf, est à mon sens un document capital dans l'histoire du communisme et de la démocratie. Elle révèle le sens profond que Babeuf avait de la réalité, el des conditions de développement de ce qu~ nous appelons le socialisme. Par lui le communisme cesse d"èlre une doctrine livresque; il entre dans la vie de l'histoire el se plie à ses lois. Par lui, le communisme, trop faible encore pour s'emparer de la Révolution, pour provoquer el pour braver la foudre bourgeoise, tente de se glisser dans la démoqralie en mouvement. Il restera secret, mais en s'insinuant à de vastes forces il participera à leur mouvement et à leur croissance sinon à leur éclat. li môrira lentement st'us l'enveloppe de la Révolution bourgeoise, prêt à éclater quand viendra la saison ardente. En même temps, Babeuf, par une apparente contradiction,
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