Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALISTE vonl venir, le forum ne le défendra guère. Ce jour du 27 avril, par ses déclarations albées, il a ble~sé cruellement nobespierre, et celui-c i saura exploiler contre « le baron prussien • l'aveugle p1·éjugénalionat. C'est pourtant une grande chose, et pour la llovolulion une gloire éclatante, que la ,aste pensée humaine de Cloott ait pu se prod uire à la tribune d'un peuple en guerre contre le mo1!ùe presque enlier. Sans doute plus d'une des paroles de • l'orateur du genre humain •, plus d'une de ses formules firent frissonner cc qu'il y a,ail de plus haut dans l'esprit de la ConYenlion, comme un vent fait frissonner la cime do la forèl i nébranlée. • J'occupe, s'écriait-il, la tribune de l'uni\·ers •· Et encore : • La Uépublique unilerselle remplacera I'Éëlisc calholi11uc, el l'Asse mblée nationale !'rra oulJlicr les conciles œcuméniques. L'unité d,• l'Etat v audra mieux que l'unité de l'Eglise. La présence réelle des représentants ne sera p~s un arliclu de foi comme la communion des saints. Le symbole des Co ll\enlionnels sera démontré plus clairement que le symbole des apôtres. L'uni té politique produira tous les biens. Les décrHale, du chef-lieu de la chrétie nté ont semé h zizanie; les décrets du chef-lieu de l'humanité produiront la concorde et l'abondance. La t/tl'ocratie 1111h·er,ellepersécute la rai.un; la monarcl,w wliverselle persécute la liberté; la ,·épublique universelle ,·end à cltacun '°" dû. Le dernier régime esl impérissable, les autres sont éphémère s. » Fusion, unil6, , ibrations larges, harmonie expansi\'e cl pure : • Cnc cloche soudée csl toujours sourde; la fusion parfaite de tout es ses parlies lui rendra son élasticité cl son timbre. • li ne ~umra donc pas d e souder les fra,;- rnents épars et hostiles ùu g-enre humain, il faudra le. fondr e en une riche et , ibrante unité dont l'harmonie emplira l'espace. J'obsen•e que la Déclaration des droits de la Constituante dil: • L'ouùli des droits de l'homme est la cluse des malheurs publics.• Tout à l'heurn celle de la Convention dira: • La cause des mal!teurs du monde"· N'c,t-ce pas un écho de la pensée de Clootz cl un appel au genre humain? Mais dans la riche elTervescence d'idées qui marque ces pr emiers mois de ii03, où est l'idée communiste? Dans les plans de Consti lulion qui abondent ,ers le Ccmité de la Convention je ne \'Ois pas la moi ndre allusion au Code de fo nature de Morelly, je ne vois pas la moindre esquisse de ce qui sera demain le babouvisme. Que fait donc Babeuf, et serait-il vrai, comme lo dil Baudot, que le communisme ne fut dans la ncvolulion française qu'une sorte d'accident, une secte d'origine et d'importation étrang ère? Ou plutôt, Baudot semble considérer que l'idée communiste, obscurément propagée à Paris par des illuminés. allemands avant la Révolution, a subi une éclipse totale pendant la période conventionnelle el n'a reparu qu'a près la Convention. La note de Baudot est curieuse, et elle suggèrera sans doute à ceux qui veulent retrouver les galeries souterraines par où cheminent d'abord les idées le désir d'étudier l'action secrète des loges allemandes de Weis~haupt et d}.

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