Jean Jaurès - La Convention

1::;1s llJSTOll\E SOCIALISTE montagne des sources el la plaine des embouchures, en•tre les pressoirs de J'huile et ks mamelles de la génisse. Par exemple, les pacages de la Hollande et les guérets de la lleauce, el les graves de llorlleaux el les coteaux de la Provence ne sauraient s'isoler sans se faire un tort mutuel; el comme toutes les rh i<'res, les fleuves el les mers communiquent ensemble naturellement, c'est à nous de multiplier ces communications par des chemins et des canaux cl non pas de les interrompre par des constitutions, des frontières, des forteresses, des escadres. Imitons la nature si nous voulons être ses heureux enfants ... Les prétendues barrières naturelles qui s'opposent à celle union désirable sont des barrières aussi fragiles que factices. Les Alpes el les Pyrénées, le llhin et l'Océan, dans les siècles ténébreux n'ont pas été des barrières pour les Carthaginois el les Romains, pour les Grecs el les Scythes, pour les Celtes el les Norma ncls; el on nous répétera un adage que nos possessions dans les deux Indes réfutent tout aussi victorieusement que des armées d'Annibal et de César, de Charlemagne el de Charles-Quint. Nous recevons chaque jour sur la Seine qui coule dans le centre des climats, à égale distance du pôle et de la ligne, nous recel'ons, dis-je, des courrier-, et des avisos de nome et de Dublin, de Lisbonne el de Pélersbourg, de Boston el de llalavia; el l'on nous parle encore des barrières naturelles de la France! « Nous voyons à Paris, à Lontlres, à ~Jadrid, à Amsterdam plaider la cause d'un Persan, d'un Chinois, d'un Indien, d'un Péruvien, d'un Turc, d'un Cafre, d'un Arménien. On discute en Europe les intérêts des habitants des antipodes et l'on doutera si une assemblée représentative des deux hémisphères peut exister pour le bonheur permanent de l'humanité I Je ne connais de barrière naturelle qu'entre la terre et le firmament. • Oui, et que l'évanouissement de la grande superstition de Dieu qui se brisait en super,litions discordantes el ennemies, laisse apparatlre l'unité ùe la nature humaine, l'unité de la science et de la raison. « Les rérormateurs indiens, chinois, égyptiens, hébreu~ et chrétiens se sont étrangement abusés en pri}chant les prétendus droits de Dieu. Ils ont dit que nous étions égaux devant Dieu et que la fraternité universelle découlait <lela fraternité céleste. Celle erreur grave engendra le plus affreux despotisme sacerdotal et royal. Les chaines s'appesantirent sous la main d'une foule ùe !Jères en Dieu qui furent sacrés, mitrés, couronnés au nom du Père Eternel. On ôta la souveraineté au genre humain pour en revêtir un prétendu ,ouverain dans le ciel, dont les représentants sur terre étaient des rois, des empereurs, des papes, des lamas, des bonzes, des bramines el tant d'autres officiers ecclésiastiques el civils. L'erreur enfante des millions d'erreurs pendant que la vérité n'enfante que la vérité unique. De là l'harmonie d'une assemblée nationale universelle; de là les schismes, les hostilités, les anathèmes des saints conciles œcuméniques. La raison qui guide 1es géomètres dans une seule et même roule, malgré la distance des lieux, des temps, des langues et des cou-

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