Jean Jaurès - La Convention

1300 HISTOIRE SOCIALISTE que vous al'PZ l'ail•• dans les esprils. Seriec-vous donc comme ces prétres dont j,• t·ous ai parll, qui spiritualisaient tout, et qui montraient et promettaimt ((/1 peuple les cieux qu'on nP peut atteindre, pour s'app1·op1•ielra terre q11i nourl'is<ail !Pw· impudence et leur orgueil? Les besoi11sne se spirit11ali- ,e111 pas: la liberlt' et t,·galité sont, sans doute, les deux premières divinités di• la terre, elles sont les deux premiers dons de la nature, mai.; pow· e11 j~uir étrrnellement, il faut avoir la part aussi â tous ses autres dons. « J'ai pré\'U, ou du moins je crois a1·oir prél'u les elîets qu'une semblable me-ure occasionnera dans Lous les atlributs moraux el phy,iques de la l'ie, el rlans leurs accessoires. J'ai pr,'vu une ré,:olution da11sle commc,·ce, une rt'rluction dan< le prix de toutes les autres productions de la terre, et dans alles de lïndustl'ie de l'homme; mais, je le ,·épèle, il faut que cette révolution se f"sse ou l'autre est manquée. « L'homme est composé de deux substances assez distinctes; l'une que l'on dil spiriludle, el l'aulre que l'on appelle matérirlle ou bien sensible. La révolution est faite pour la première, il faul aussi qu'elle rn fassp ponr la seconde. l\on, plus de charlatanisme, allons une bonne fois au fail el à la ' source du mal. Faisons cesser les inquiétudes du riche et les bernins du panl're. Assurons la propriété des uns, nous assurerons ainsi la subsistance. des antres. " '.'(est-ce pas comme une première formule de la s1int-simonienne « réha- !Jilitation lle la chair»? li y a, semble-t-il, une disproportion assez étrange entre les prémis:;es d'Harmand de la ,leuse et ses conclusions. Proclamer que l'égalité de droit doit élre complétée el réalisée par l'égalité de fait, déclarer que la société doit tendre, par tous les moyens, à l'égalité réelle des conditions, et conclure ensuite simplemenl que la nation peut et doit taxer le blé, la viande el le bois, c'est, semble-1-il. solliciter de ,astcs principes pour d'assez modestes con~équences. ,lais Harmand était ohséd&, comme tous les Conventionnels, par les réclamations du peuple soulTrant que la hausse des denrées ou accablait ou inquiétait, cl c·c:;t sous la forme Jn problème des subsistances que lui apparaissait le problème social. JI y avait une !!rande illusion à croire que la taxe de quelques denrées de prPmière néces- ,ilé atténuerait sensiblement les inégalités sociales. A moins d'être poussé à ce degré où toute rente de la terre aurait été absorbée el où les biens décidément improductifs ou onéreux auraient elé abandonnés à la nalion et aux paysans (cl llarmand se défend cxpressémenl !l'avoir voulu un instant ces conséquence;), elle laissait subsiter tout le jeu de la propriété, elle laissait se développer toute la puissance cl u capital. Mais ce qui esl intéressant dans les vues d'Ilar mand, ce n'esl pas l'application qu'il fail de ses principes. Celle application est loute dominée par les circonstances du moment. Ce qui importe, c'esl d'abord qu'il ait songé à inscrire dans la Déclaration des droits ùe l'homme la limitation du droit de

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