1468 HISTOlllE SOCIALISTE rail admis que des enfants catholiques clans les écoles ouvertes à Lous les membres de la société; car y introduire lrs prêtres de celle secte, c'est en exclure les ciloJ ens de toutes les autres, c'est donner à la puissance publique le droit u,urpé par les confesseurs, celui de diriger, de tyranniser, d'exploiter exclusivement la conscience. « ... la première condition de l'instruction publique est de n'enseigner que des dr/t,ls: voilà l'arrèt de mort des prêtres. » • Ce langage allait, au moins Iar le Ion, au delà de la simple neutralité s·olaire: c'était la déclaration de guerre de la raison à toutes les superstitions, à Loules le, religions. Maisc'est surtout le discours de Jacob Dupont (14 décembre) qui fut le manifeste. de la philosophie audacieuse el de la pensée libre. C'est la glorillcalion de la science dans sa beauté el dans sa fécondité. C'est la 111 lle contre Loutes les servitudes, aussi bien contre celles qu'impose l'IJ:gliseque contre celles qu'impo,erait une démocratie faussement égalitaire, qui abaisserait l'essor des esprits. c·esl la vision de la nature conquise, du monde renouvelé, c'est le granrl espace, l'espace illimité, ouvert à la propagation infinie de la lumière intellectuelle, à l'expansion infinie du bonheur social. Devant les réserves el les quasi prohibitions de Durand-Maillane, devant les objections financières de ~lasu yer signalant l'immensité de la dépense, Jacob Dupont demanda à la Convention si elle consentait« à rétrograder de dix ,iècles, et à nous faire redevenir Goths el Vandales •· El il montra au janséniste que les lumières, bien loin d'être corruptrices, épuraient les sociétés : • Durand-:\.laillane a osé répéter, aptès le 1O aot1t 1792, les sophismes et J,•s paradoxes du philosophe génevois qui, après avoir dit que le besoin élève les homrnes, el que les sciences el les arts les ont asservis, ajoute que les sciences el les arts corrompent les mœurs; je le demande à Ourand-~laillane, député ùes Bouches-du-Rhône, en présence ùe l'image de Brutus el de celle ùe Jean-Jacques lu;-mème, qu'est-ce donc qui arma les braves Marseillais contre les rois el la royanlé? Sont-ce les préjugés et l'ignorance du xv1•siècle ou la philosophie el les lumières de la fin du xvm• siècle? Qu'est-ce donc que celle prétendue corruption de mœurs, tellement exagérée qu'il faudrait penser, suivant nos arislarques, à voir bientôt la vertu el la probité exilées de la terre de la liberté? • Est-ce à l'époque où la masse de tout un peuple immense s'est soulevée pour que chaque individu reprenne son caractère el sa dignité d'homme; est-ce à celle époque que l'on voudra nous faire entendre qu'il n'y a plus ni probité, ni vertu, ni grandeur d'âme? JI est clair, au contraire, que ce peuple, fllt-11le plus corrompu de tous les peuples, ses mœurs doivent devenir plus pu,es néces•airemenl par la nature même de la catastrophe que le progrès des lumières et de la rai,on ont amenée. Tout peuple plongé dans l'ignorance, où les rnlences, le, arts el les lellres ne sont pas cullivés, esl condamné à llre
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