Jean Jaurès - La Convention

H62 HISTOTHE SOCIALISTE qu'ils 0étrissaient: car s'ils avaient élé unis de cmur à toute la force révolutionnaire, ils l'auraient plus sùremenl réglée. Qu"importent les intentions des hommes dans la période ai&uë d'aclion révolutionnaire cl de péril? Qu'importe;que les Girondins n'·eùssent pas le dessein de rélahlir la royaulé, si par leur inertie dénigrante ils préparaient la défa·te de la Rév'•lution? Aussi, ceux des Montagnards qui ayant sun·écu aux événements gardèrent la force et la lucidité de la pensée, purent-ils reconnallre la part de prévention et d'erreur qui se mêlait en 1703 à leurs jugements sur la Gironde sans désavouer cependant le coup nécessaire dont ils ront frappée. J"admire la belle el forte sérénité des paroles de Levasseur vieilli, padanl de la pétition des ,Celions de Paris qui demandaient l'arrestation des Girondins: « Si j'oublie un instant les événements qui se sont passés depuis celle adresse, pour me reporter au milieu des impressions du momenl, si je me place dans la même situation qu'alors, si je parviens à rassembler autour de moi el les causes légitimes de défiance el le souvenir de, lulles de rbaquc jour, el le dépit mêlé d'indignation que me faisaient éprouver les f,,ules nombrcu,cs el les nombreuses calomnies de nos a ll"ersaires; si je retrouve jusJu'aux préjugés mêmes dont il m'élail impossible cle me dér,ouiller enlièremcnt, aujourd'hui com ne alors je vois dans la pétition des section, des faits vrais, et des induclions qu'on avait le droit d'en tirer. Oui, ifs Girondins entravaient la marche dtt gouvernement révolutionnai,-e; oui, ils comprornellaicn t lacause de la France en refusant d'unir leurs forcesalix nôtres cunlre !"aristocratie el l"Europe armée; oui, ils étaient resté, les amis cffi Dumouriez ju,qu·au moment où cc chef s"était déclaré en rél'Olle ouverte; oui, il, avaient sans cesse provoqué la guerre civile en appelant les vengeances des dé~artements contre le r euple de Parjs. Aujourd'hui, comme alor,, j~ ne pui, révoquer ces faits en doute. Ils résultent des discours mêmes de nos ad\'ersaires el 1,our en constater la vérité, il suffit d"ouvrir le Moniteur; mais alors ta pht1,art d"entrenous, et moi tout le premier, nous t·oyions dans celte imprudente conduite despreuves flagrantes d'une trahison avérée. Comme les sections de Pari~, nous voyions dans la communauté de vœux al'ec Dumouriez une communauté d'action et une entière complicité ; comme la Commune de Paris, nous ,oyions dans les entraves mi,es à tous nos mouvements une preuve certaine de conspiration contre la République que les ferments de guerre civile ,ans cesse répandus venaient corroborer de la manière la plus complète. Au;ourd'hui, sans 'tloute, je suis loin de juger de même; un assez grand nomlire de nos ad1•ersaires ont sou[crl pour la liberté, plusieurs d'entre eu:\ ,enl dét loyé un trop beau caractère, principalement ce Lou1·elqui se montrait ootœ ennemi le plu• acharné, pour que je doive voir seulement des Jau tes là où alors je croyais reconnaitre des crimes. Nous étions il>Justes lifUSle savoir, el peut-

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