Jean Jaurès - La Convention

l-HlJ IIISTOJnl!: SOCIALISTE polilique ctes parti•. ~lais, à celle date, il n'en est pas le fond. La Montagne, préoccu1 ée avant loul de sauver la névolulion et de refouler l'invasion mennçanle, arnil une complaisance toute naturelle pour le peuple immense et robu,te qui se précipitait aux armées. Elle élail toute disposée à assurer par des moyens économiques la vie de cc peuple, par la taxation du blé, par l'cm1,runl forcé 1>rogressir sur les riches. Mais ~lie ne mu lait pas engager une tulle syskmaliquc contre la bourgeoisie. C'étaient là des mesures de comlJal ré1olutionnaire, et elles étaient destinées, au fond, à servir contre le vieux monde menaçant les inlérôts de l:i. bourgeoisie ellc-m~me, qui ne pouvait Oire puisrnnte que p,1r la victoir~ de la névolution. Le Montagnard Lcvasscur déplore que dans leur acharnement ~-combattre les autorités parisiennes, les Girondins aienl tenté d'exciter les ombrages de la classe bourgeoise : « C'élail vouloir lancer l'une conlr~ l'autre deux classes de la société qui avaient élé inlimemenl liées à la Rérolnlion. Peul-être se rréparail-on ain-i le beau rôle en se mellant à la tôle de la partie de la société où Ioules les lumières se trouvent concenlt·ées; nous croyions, nou•, mieux servir la chose publique en appuyant celle masse de peuple où se concentrent les bras nerveux el les énergiques dévouements. PtJul-èlre ne devait-il pas en sortir un général illustre ou un éloquent tribun; mais c'était elle qui compo,ail les nombreux bataillons qui rejetèrent loin de nos frontières les cohortes ennemies; c'était elle qui sauvait la république, tandis que les passions de nos hommes d'État la précipitaient vers l'abime. » Les hommes d'action qui, par leur brusque surgissement et par leur organisation rél'olulionnaire, avaient refoulé au second plan la Gironde incohérente el parleuse, ayant marqué leur sympathie à la force aclil'e du peuple, les Girondins calomnièrent celle force active, et ils rétrogradèrent jusqu'à une sorte de bourgeoisie feuillantine, non par esprit de classe, mais pour avoir une clientèle polilique à opposer à une autre. C'est sous celle réserve que j'approU\e le jugement de Baudot . « Les Girontlins \'Oulaienl arrêter !a Révolu lion sur la bourgeoisie; m is celte révolution élail alors impossible el impolitique dans le Lemps. La guerre était Oagranle au dehors, menaçante au dedans, les hordes élr,1ngères ne pournienl être repoussées que par les masses; il fallait donc les soulever el les intéresser au succès. La bourgeoisie est paisible de sa nature, et d'ailleurs pas assez nombreuse pour de si grands mouvements. « La Montagne seule comprit donc bien sa mission, qui était d'abord d'empêcher l'invasion étrangère, et elle employajle seul moyen qui ptH faire réussir celle haute entreprise. Elle se trouva pressée dans une grande nocessité, elle osa la proclamer; les Girondins, ou ne la voulurent point, ou ne voulurent pas en subir le destin. • Sans doute, mais si les Girondins voulurent arrêter la Révolution sur la bourgeoisie, c'est surtout parce qu'ils prétendirent l'arrêter sur la Gironde.

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