Jean Jaurès - La Convention

HlSTOII\E SOCIALISTE Jantes. lis étaient comme de jeunes dieux se moul'ant ~ans oLslacle dans les intervalles de mondes peu résistants. li n'y avait, si je puis dire, dans la conslllulion du monde politique et social ni den:,ilé monarchique ni densité po• pulaire, et parmi tous les pouvoirs ou en dissolution ou en formation, la vanité el l'ambition girondines circulaient étourdiment. Ces hommes ambitieux el légers, qui sentaient que de grandes choses restaient à faire et qui ne voyaient pour Jes accomplir d'autre force que la leur, crurent uri moment qu'ils portaient én eux, dans leur génie facile, dans leur audace un peu inconsistante, dans leur éloquence toujours prête, toute la RévolulioJJ. PP,ul-ètre, s'ils étaient restés abandonnés à eux-même,, si chacune de ces individualités av,it suivi s1 loi un peu incertaine, se seraientils répartis bientôt entre des tendances divnscs, et leur caprice ne se serait pas consolidé cl alourdi en coterie. :ilais ce fui Loujours le rêve de Mm• Roland de gouverner par un petit groupe d'hommes, elle_I'exprimeobslinément dans ses lettres de 1;!)t: il lui parait que les événements iront à la dérive tant qu'une associalion d'aruis ne les dirigera pas. Funeste lenlalion ! L'intluence que donna à Mm• Roland son passage au ministère, le lien d'amour douloureu, cl amer dont elle lia l'orgueilleux Buzot, tout lui permit d'imposer peu à peu une sorte de discipline de coterie à ces hommes qui ne connaissaient pns la grande discipline politique et sociale. Associés très vile, par l'entrée de plu sieurs Girondins au ministère, aux responsabilités du pouvoir, obligés ou entraînés à des compromis, à des lran5actions, ils ne tardèrent pas à être dépassés par le mouvement des forces. La guerre même qu'ils a1•aient suscitée déchaina la brutale énergie du peuplr. Des forces neuves, dont Paris était le centre, se manifestèrent, cl les pouvoirs nouveaux parurent à la Gironde tout à la fois un reproche et une usurpation. Tout l'espace lumineux cessail d'appartenir à ces esprits infatués. De là leur révolle, le jour où l'habitude de domination exclusive el irresponsable qu'ils anienl contractée dans la période de dispersion révolutionnaire et d'individualisme éclatant se heurta à des organisations résistantes, aux Jacobins reconstitués, à la démocratie parisienne, à l'intluence robespierriste, anx groupes 1·éhéments qui se formaient el circulaient autour de Danton, à la Commune. Voilà le vrai principe des conilils entre la Gironde et la Montagne, il n'est pas dans des antagonismes sociaux : il est dans la puissance des passions humaines les plus communes, l'ambition, l'orgueil, la vanité, l'égoïsme du pouvoir. Tout naturelle ment, et par la critique même qu'elle appliquait aux forces nouvelles de démocratie, la Gironde se constitua des thèses politiques el sociales. Mais ces thèses n'étaient pas le fondement 11riginel de la politique girondine. Elles étaient le prétexte, trouvé après coup, d'une opposition dénigranle, orgueilleuse et aigre. Saos doute, le sourd contlil des classes ne tarda pas à se mêler à la h,1.tle

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