Jean Jaurès - La Convention

TIJSTOIRI> SOCIALISTE Ai-je besoin de dire que les Girondins n'étaient pas royalistes, qu'ils ne tra,aillaienl pas comciemmenl et délibérément au rétablissement de la monarchie'' Ici comme en bien d'autres points, l'erreur de Marat est de transformer en volonté conscie nle ce qui n'est que l'cAtrême conséquence logique et la conclu,ion ou nécessaire ou possible d'actes déterminés. Mais Marat voit juste quand il note que les Girondins, à force de chercher des points d'appui contre Paris, contre les forces rél'olulionnaires de la ~lontagne, de la Commune et des sections, rél'eillcnl ou fomentent les espérances royalistes et contre-révolutionnaires. Où il voit juste encore el profond, c'est lorsqu'il proclame, avec une remarquable netteté et liberté d'esprit, que les Girondius ne rnnt pas dominés par le système fédéraliste. Au fond, leur plan est ou de conserver ou de reconquérir le pouyoir central. Quelques mois plus tard, quand Buzot, fugitif et proscrit, expliquera la lactique de la Gironde, il confirmera en ce point les vues de Marat. ,, Si j'ai vu avec plaisir le mouvement sublime des départements au mois de juin dernier, c'e,t que tous seportaient au centre, tous ils marchaient sur Paris pour briser les fers de la Convention, emprisonnée dans ses murs; Lou- ils voulaient l'unité de la République, que l'attentat du 2 juin tendait à rompre. Auraient-ils tenu le même langage, leur marche etH-elle été la même si ce, déparlemenls arnient projeté de se séparer, de s'isoler? Non. En impulanl Lous leurs mau, à la Commune de Paris, el certes ils auraient eu raison de le faire, ces déparlements se seraient déclarés indépendants de la Convention, dont les membres factieux s'étaient attachés à cette ville comme au foyer de leur ambi'ion et de leurs crimes; ils auraient lt'Vé des troupes chacun dans son terri Loire, s'y SCI aient cantonnés pour s'y défendre en cas d'attaque, et du reste leur résistance nlt plutôt consisté dans un plan de désobéissance passive Lien concerté entre eux, que dans des mesures actives èor.l le succès e0l été bien moins sOr et beaucoup plus difficile à obtenir; enfin ils auraient fait une dérlaration solennelle att peuple français, qu'ils entendaient cesser toutes communications, tous ,·apports politiques, civils et commerciaux avec une ville qui, dans tous les temps, a été le fléatt de la France, et qui sera infailliblement le tombeau de la liberté. » Quand Buzot, dans sa haine exaspérée, semble confondre le fédéralisme avec une sorte d'excommunica lion de Paris et regreller que les Girondins et les départements n'aient pas été as,ez fédéralistes, il défend par là même 10n parti de l'avoir été. :liais il me semble que et Buzot el Marat commettent ici une confusion. Non, les Girondins n'étaient point fédér"listes, en ce sens qu'ils n'acceptaient pas un fédé ralisme srtémalique et définitif. Ce n'était pas à leurs yeux l'organisation normale et durable de la société frar.çaisc. Mais il n'est pas démontré que dans leurs hypothèses de c:imbat, dans leur tactique immédiate, ils n'aient pas entrevu une sorte de fédéralisme provisoire. Leur appel aux départements contre Paris ponffit prendre deux for-

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