Jean Jaurès - La Convention

l!ISTOinl> SOCIALISTE menl un peu pauvre était comme dévoré par la fièvre de la pensée et de la lutte? Baudot, dans ses nole, magislr ales, a lr~s bien marqué cela. « La famille Duplay rendait une espèce de culle à Robespierre. On a prétendu que cc nouveau Jupiter n'avait pa, eu b-•soin de prendre les métamorphoses du dieu de !"Olympe pour s'humaniser avec la fille ainée de son hèle, !ili•onore. Cela est de Loule fausseté. Co:n111eLoule sa famille, celle jeune fille ét 1it fanatique du die11 Robespierre, clic était même plu, exaltée à rai,on de gon âge. ~!ais llobe•pierre n'aim·,it point les femmes, il était abrnrbé dans son illumination politique: ses rêves abstraits. se, discours métaphysiques, ses gardes, sa sùrelé per;onnelle, toutes choses incompatibles avec rarnour, ne donnaient chez lui aucune prise à cette passion. li n'aimait ni les femmes ni l'argent, et ne s'occupait pas plus de ses intéri!ls privés que si Lous les marchands eussent dli i!lre 71ow·lui des fournisseurs g,·atuils, oblig,:s, et les maisons des auberges payées d"avance pour son usage. Et en effet, il agissait ainsi avec ses hôtes. • Lo trait est vif, mais juste. C'était en somme une existence commode. L~ vie de Brissot, qui avait une famille à soutenir, et qui était accablé de travaux el d'alfa ires, était bien plus dure el plus difficile. El est-ce De,mouli ns, heureux de vivre, marié à une femme riche qu'il adorait, toujours papillonnant au, joies du mond0 , aux lustres des salons éclatants, est-ce Desmoulins qui pouvait accabler la üiroude poui: son manque d'austérité·? Non, ce n'était pas là le grier profond du peuple. Les Girondins s"élaienl-ils mis par un esprit de douceur cl de faible humanité en ùeho rs des néce,silés révolutionnaires? Pas davantage. lis savaient, quancl il le fallait 1iour leur cause, être implacables. La lettre publiée de Boland ,, Louis X\'I était un coup de cou Leau. Contre les ma,:;acrcs de septembre leur rérnlle fut tardive et cakulée. lis c,saièrent -d'<1,sassiner moralement Danton par des insinuations atroces cl des libelles inrâmes; ils knlèreut de livrer ~larat au bourrnau. Mais qu'on lise la correspondance de M=• Roland publiée pat·)!. Perroud. Dans toute l'année lïOJ, elle pousse all:I. mesures Yioleules. Elle foit l'apologie de ~laral et du « vigourcu, DJnton "; elle annonce qu'on ne pourr~ arriver à la libet·to « qu'à travers une mer de sang"· Ah! non, la clémence, la pitié étaient pour les Girondins manœuHe et taclique, et ce ne fut pas la sensibilité humaine de leurs fibre, qui les li1ra sans défense à la brutalité des événements. Furent-ils égarés pat· une idée fausse, par un système abstrait? Baudot a 6cril : « Les Montagnards pensaient que pour dMcn,lre le sol et maintenir l'e,islence de la Hévolulion, il fallait conli nuer les mesures violenl,'S; les Girondins, au contraire, voulaient faire tout de suite J'applicalio11 de leurs vues organiques. • Mais ici il ne faut pas renverser les causes et les effets. Ce n'est point

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