Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALISTE i401 core pu parvenir à faire tirer le canon d'alarme, et qu'il y a eu un contre-ordre de la part du maire. « Le vice-président répond que lorsque le maire a donné cet ordre, la puissance révolutionnaire n'était pas encor, établi,, et que le maire a fait son devoir en celte circonstance. • L1 séance esl toujours permanente, il est une heure après-midi. • c·est à ce moment, entre une heure et deux, que le canon tonne enfin. Il me semble qu'on peul dégager de ce compte rendu la vfrilé exacte. 1'videmment, le maire redoutait que le canon d'alarme déchainât des paniques meurtrières. Quand il avail su, dans la nuil du 30 au 31, que !'Évêché préparait un mouvement, il avait deviné sans peine que le premier acte du Comité insurreclionn~l serait d'é\'eiller Paris par la sonnerie du tocsin et par la sonnerie !lu canon, celle-ci plus redoutable. Et c'est alors, c'est avant que les délégués des sections eussent, au nom du peuple, brisé el réinvesti la Commune, c·est avant« que la puissance révolutionnaire fût établie•, qu'il avail fait parYenir aux canonuiers l'ordre de ne livrer à personne la voix dormante du canon. Pache l'indique lui-même avec beaucoup de précision à la Convention: « J'ai donné ordre, ce malin, au commandant provisoire de rassembler le plus de réserves possible, de doubler les gardes de poste aux établissements publics, tels que la Trésorerie, ainsi que le poste du Pont-Neuf, afin d'empêcher qu'on ne tirât le canon d'alarme. « J'ai rendu compte au Comité de salut public de la situalioo de Paris; de retour au Consei! général, j'y ai trouvé les commi,;saires de la majorité des section~, qui nous ont déclaré être chargés de suspendre la municipalité. » Il est donc bien clair que l'ordre de Pache relatif au canon d'alarme avait préc6dé, en effet, la crise révolu Lionnaire de la Commune. C'est contre cel ordre que se heurtent les premiers délégués révolutionnaires, el Henriot lui-même. Et les hésil1tions, le malentendu se prolongent jusqu'à midi. Certes, ni le Conseil de la Commune, ni le maire n'ont mis un grand empressement à forcer ces résistances et à éclaircir ce malentendu. Cepentlaut, il n'est pas vrai de dire qu'ils se soient opposés, par scrupule de légalité, aux entreprises de !'Evêché. Au contraire, le Conseil général de la Commune donne au Comité révolutionnaire séant à !'Évêché mandat formel el régulier de tirer le canon d'alarme. El pour que Paris se rendll bien compte que ce n'élail point là la fantaisie téméraire d'un comité insurrectionnel, mais un acte révolutionnaire concerté, la Commune ordonne que le tocsin sonne en même Lemps à l'Hôlel de Ville. C'était associer la responsabilité de la Commune, par le tocsin municipal, au grondement d'alarme qui allait ébranler Paris. Et sagement, la Commune se préoccupe d'éviter le renouvellement des massacres de septembre : elle met une forte garde aux prisons. Il est vrai .qu'elle n'ose pas dire que c'est par humanité : c'est pour

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==