Jean Jaurès - La Convention

1330 IIISTOJnE SOCIALISTE seul rrn11'dr ti nos mau.r. La Conrention actuelle ne peul nous en guérir. ll 11'!! a 11!11s, zl ne peul plus y avoir de di,cus,io11, crue séance l'a p1·011v.1' ., Lr peuple qui cnvt'loppait et pénélrail la Convention, ,iurail pu ,ans <Ioule pousser plus loin ce soir-là ses avantages el exiger non gculemenl la ca•salion des Douze, mais l'élimination de la Gironde, le procès des vingt- •'r1n. C'est l'opinion de Dutard, intéressante parce qu'elle fut exprimée rlès le [.,11d(>main,qu'il aurait surfi de la plus légère impulsion pour mener les choses ju,qn'au bout: « la Con1·e111ion a com·u hier de plus grands dangn·s qu'on ne pense; car, si une ou deux sections s'étaient portées en mas,e à la Convention, il n·en fallait pas davantage i,our l'anéantir, parce qu'elles auraient alti ré toute la populace, cl la faction au moins subalterne n'aurait pas m~nqué de ;c mnntrcr. )> .\lai, il n'y avait pas ce soir-là de mol d'ordre rlécisi( : la force du peuple n·avail pas été orga niséc pour lïnsurreclion el c·est encore à lïntr1·icw· dr la Convrntion que le:; Montagnards voulaient résoudre la crise. Les Jacoùins réunis ce soir-1~ écoutrnl un moment des propos l'agues et inefficaces : mai, ils évitenl Loul ce qui pourrait ressembler à un signal d'al'- t:on. Quand un membre propose « de nommer des commis.aires pour prêcher le palriolisme dans le, sections •· Jlasse11fratz s·écrie : « i'ious sommes 1011:; commissaires, nous prêchons tous le patriotisme » cl la Société passe à l'or- <lrc du jour, éludant ainsi une mesure qui lui aurait donné la responsabilité du mouv.:ment; après avoir enlendu une déclaration véljémente de la citoyenne Lecoinlre qui affirme au nom des répuhlicaiues révolutionnaires que« ses compagnes ne sont pas des femmes sen iles. des animaux domesti ques cl qu'elles se fvrmeronl en phalange pour écraser les aristocrates•• les Jacobins se hâtent de lever leur séance à neuf heures cl demie, sans allendr~ le résulLaL de la grande lulle engagée à la Convenlion et comme pour marquer qu'elle seule doit dé eider dans rn liberlé souveraine. Au conlraire, la Commune veilla très avanl dans la nuit, recevant sans cesse des délégalion, des sections qui se déclan1ie1rl en permanence, et attendant d'heure en heur~ des 11011vellesde la Convention. A minuit un quart la nouvelle de la cassation de la Commission des Douze est accueillie par les applaudissement, enthousiasles du Conseil cl des tribunes. C'était bien en effet la défaite de la Gironde. Quïmporle que le lendemain les Girondins essiirnl de se ressaisir? Qu'im1iorle que sur la motion de Lanjuinai:; el après <le longs débals, ils décidenl la Convention à revenir sur le décret volé la veille el à rétablir la Commission des Uouze? Celle-ci, qui n'avait pa~ su se dMendre dans la Convention el qui, après avoir prornqué le peuple de Paris par l'arrestation d'lléberl n'a l'ail m,'mc pis su prendre les précautions nécessaires contre le moindre soulèvement, n'était plus qu'un fanLôme. La Convenlion d'ailleurs, au moment même où elle 1iaratt restituer la

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