Jean Jaurès - La Convention

1304 HIS'f0111E SOCIALISTE donnés par Vergennes aux insurgents anglo-américains; mais, depuis le 10 1101/1, il s'est trouvé, au grand d,:sespoir de Pitt et de Brissot, qu'ils avaient mené la liberlé plus lnin qu'il ne convenait à l'Angleterre, et Pitt cl Bri~sOlse sont efl'orcés d"enrnyer. Quand le général Dillon affirmait, il y a quatre ans, à la tribune dit corps constituant, qu'il savait, de scienee certaine, que Brissot était l'émissaire de Pitt et sonnait du cor pour le compte d1t ministère an_qlais,on n'y fit pas beaucoup d'allention, parce que Dillon était du c<Jtédroit, mais ceux qui ont suivi les marc/tes et contre-mai·ches de Brissot, depuis ses écrits sur la t,·aite des noirs et les colonies jusqu'à l'éva• cuation de la l/olla,1de et de la Belgique, peuvent-ils niPr q1t'un ne trouverait pas peut-être une seule page dans cette masse de volumes qui ne soit dirigée au profit de l'Angleterre et de son commerce et à la ruine de la France? « Est-ce qu'on peul nier ce que j'ai prouvé dans un discours dont la sociél6 des Jacobins ,e souvient encore, celui que je prononçai sur la situation politique de la nation à l'ouverture de l'assemblée législative, que notre révolution de 1789 avait élé une alfaire arrangée entre le ministère britannique et une partie de la minorité de la noblesse, préparée par les uns pour amener un déménagement de l'aristocratie de Versailles dans quelques châteaux, quelques hôtels, quelques comptoir,; par les autres, pour amener un changement de matlre; par tous, pour nous donner les deux Chambres el une Constitution à l'instar de la Conslilution anghise? Lorsque je commençai ce discours à la Société, le 21 octobre i71J1, où je montrais que les ra~ines de la Révolution étaient al'islocratiques, je vois encore la colère el les soubre,s,uts de Sillery el de Voide!, quand je parlai des macltinistes de la Révolution. Jd gfüsai légèrement là-dessus parce qu'il n'était pas temps encore, el qu'il fallait achever la Révolution avant d'en donner l'histoire ... « .Ile (era-t-on croire que lorsque je montai sur une table, le 1'2 juillet, et que j'appelai le peuple à la liberté, ce fut mon éloquence qui produisit ce grand mouvement une demi-heure après, et qui fit sortir de dessous terre les dcu:r bustes d Orléans et de Necker? • li n'est pas jusqu'aux paroles d'estime prononcées au sujet de Brissot, par l'op1,osilion anglaise, par les amis de Fox, qui ne ,oient dénoncées par Desmoulins comme une machination de Pitt. • Quand on désespéra que .Mirabeau el ensuite Barnave, qui commençaient à s'user, pussent se soutenir longtemps, on fil à la hâle un immense trousseau de réputation patriotique à Brissot el à Pélion pour qu'ils pussent les remplacer; el depuis, nous avons vu les papier~ publics anglais, devenus les échos des hymnes de chez Talma, représenter Dumouriez comme un Turenne el Roland comme un Cicéron ... • C'est ainsi que Pill, voyant baisser en France les actions de Brissot, mettait tous ses papiers ministériels en l'air pour le faire remonter aux nues

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