Jean Jaurès - La Convention

1:?98 lllSTülllE SOCIALISTE queue,', qu'ils confondaienl ùan; leurs délicieuses exclamations, la Conslilulion, la religion cl le représentant 'l\11lien. Dans d'autres contrées, d'autres repré,entants prêchaient l'athéisme, el le renl'ersement des autels el des lemplrs. Chacun d'eux agi~sait comme il était affecté, en vertu du pou,oir illimité dont il était revêlu ... • ... J'avais été ùidigné de voir les rues de Saumur couvertes d'aid~s de camp, de qéuél'aux escrocs et aut,·es gens de ceue espèce. Le 11ombrede ces 'wmmes corrompus, de ces suppdts de mauvais lieux, étai/ bien plus considé1·able, à Tours; il augmentai/ tous les jou1'S, à mesure que les bataitlm1s de Paris débarquaient. Je ,·oyais des histrions transformés en généraux, des joueurs de gobelets, des escamoteurs traînant après eux tes catins les plus dégo1Ua11tesoccupe,. des grades dans l'armée, ou des emplois dans les vivres, les fourrages ou les chaNois, et ces insectes corrupteurs avaient enc01·eCinsolence de se dire ,·épublicains. Je voyais des troupes légère; à cheval, composées de ldches déserteurs prussiens et autrichirns, qui avaient profité du décret bien impolitique de la Convention natiouale, qui acco,·dait cent livres de pension à ces coquins, et la faculté de s'enrdler avec les Frnnçais. Les traitres se vendent toujour;; à celui qui les paye le plus cher; ils n'aimaient pas notre papier monnaie; ils passèrent parmi les rebelles qui leur faisaient des oO'res en numéraire, ou se livrèrent, en restant au milieu de nous, au brigandage le plus alfreux. C'est ainsi, me disais-j<• douloureusement, qu'on environne la statue de la liberté! On veut défendre la République avec des hommes choisi;; comme ceux qu'avait ramassés Catilina pour la destruction de sa patrie 1 » Ainsi, ~lercier du Rocher était tou l ensemble oppo~é à la µoliliquc girondine el dégoôlé de ce qu'on appellera bieotôl « l'héberlism~ •· Par là, ses idées sont \'oisines de celles de Robespierre, sauf qu'il est plus sévère que ne Je sera Robespierre pour l~s officiers ullra-patriotes el héberListes de l'armée de l'Ouest. ~lais qui ne voil que pour arril'cr à réprimer ou à contrôler efficacement ces éléments un peu troubles, il Callail agir à plein dans le sens de la Uérolution? La dc;;truction de la Gironde était donc, à tous le, points de vue, une néce,<ilé préalable. Dans l'étal des esprits en province, la l'rance aurait lùen vite glissé au royalisme et à la oonlre-révolution, si Paris n'avait pas brisé toutes les forces incertaines el malveillantes. Supposez que, à Paris mêmP, la Gironde l'emporte sur la Commune. Supposez que les sections parisiennes adoptent la politique des sections lyonnaises. des sections marseillaises et de la municipalité nanlai;;e. La Révo'ution eQl engagé partout la lulle contre ses énergies les plus véhémenles. Elle elll désa~oué cl flétri les conséquences exlr~mes des ,astes mouvements populai· raires, el par là refoulé l'élan <lu peuple. Elle eùl été obligée, pour justifier les mesures violentes contre les Montagnards, contre les révolutionnaires •

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