Jean Jaurès - La Convention

1280 IIIS'l'OinE SOCIALISTE toules les mesures énergiques pour le recrutement, pour la levée des taxes rérnlutionnaires. Quand, en mars, les commi~saires de la Convention, le, )lonlagnarùs Doissel et Moise Dayle arri\'èrent à ~1ar,eille, il semblait bien que la Gironde y était écrasée, el que la prédication révolutionnaire des Con- "entionnels allant de section en section était superflue. Mais \'Oici que brusquement, à la fin de mars et en avril, les choses el les esprits sont comme renversés. Les sections marseillaises sont envahi~s par la bourgeoisie modérée et par les royalistes, el un mouvement violent de réaction s'annonce. Faut-il croire, comme le dit ~lichelel, que c'est parce que Marseille, ayant en\'Oyé par millier, à la frontière ses patriotes les plus généreux, était restée à la merci des éléments contre-révolutionnaires? )lais il n'y avait pas eu en mars un grand exode, el le ven l se met à souffler soudain en sens contraire. Etait-ce l'elîet de l'arrêt des transactions commerciales causé par le guerre maritime? Certes Marseille commençait à soulîrir. La marine militaire, en pleine désorganisation, ne suffisait pas à protéger les convois menacés par la course. Le 1" avril, Boisset el Bayle écrivent au Comité .de salut public : « Les commerçants de Marseille à qui, faute de convois, on enlève tous les jours des vaisseaux, font les mêmes vœux (contre le pou voir exécutif) ... Nos affaires périclitent au Levant. » Sans doute celte crise économique commençait à inquiéter les esprits, à alarmer les intérêts, elle fournissait à la contre-révolution un thème d·atlaques dangereuses. Mais les soulîra nces n'étaient pas encore assez aiguës pour qu·on puisse expliquer par là ce changement violent dans la politique marsei\laise. Il y a, je crois, deux causes directes de ce mou,emenl. D'abord, les deux commissaires, DJyle et Boissel, furent d'une maladresse inouïe. Il y a dans leur conduite une con lradiclion funeste. D'une part, il, ,·associèrent aux mesures révolutionnaires les plus énergiqurs, à l'il'slitulion d'un tribunal ré,·olulionnaire, à la l'orm ation d'une armée révolutionnaire chargée d'aller dans tout le Midi traquer les contre- révolutionnaires. El ct·aulre part, ils ne comprirrnl pas que pour mener à !Jien celle 1,olilique auf!acieu,e et dolente il fallait mai nlenir l'union de toutes les forces révolutionnaires. Or, dans l'ardente cité marseillaise, les luttes de clans, les rivalilés personnelles abondaient. Dans la Société populaire même quelque, rél'olulionnaircs délestaient le maire Mouraille el le procureur Seytre, accusés par eux d'exercer un pou1•oir excessif et presque dictatorial. Yisiblemenl ces dbsidenls furent excités par les manœuvres sournoises des contre-révolutionnaires, cl aussitôt qu'ils se furent prononcés contre le maire el Je procureur, leur protestalion trouva un formidable écho dan, les sections envahies de modérantisme el de royalisme. Si Boisset et Bayle avaient été clairvoyants el fermes, ils auraient signalé au, patriotes le péril mortel qu'allaient créer leurs divisions. Ils auraien l démèlé que la campagne contre lllouraille el Seylre, si elle était en

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==