Jean Jaurès - La Convention

i256 HISTOIRE SOCIALIS'fE pouvoir apparemment légal de la Commune qui servirait d'autant mieux l'in• surreclion préparée qu'il garderail, en effet, jusqu'au bout les formes légales, et un pouvoir ouvertement insurrectionnel, prêt à tous les coups de maiu el aux irrégularilés les plus hardies. C'est ce qu'il appelle « deux machines de guerre qui, faites pour agir séparément, mais pouvant s'unir au besoin. doivent triompher de tous les obstacles, vaincre toutes les résistances. La mise en moul'emenl de ces deux machines est confiée à des agitateurs différents. Les uns doivent être censé$ recevoir leurs pouvoirs directement des sections parisiennes, les autres, des autorités constituées du département. Les premiers doivent montrer dès l'abord une altitude essentiellement révolutionnaire, les seconds une altitude soi-disanl modératrice. » Il se peut, en effel, que celle dualité réponde au profond el habile instincl qui guide les révolutions. Elle élait d'ailleurs conforme à la lactique révolutionnaire du Dix-Aoùl. El sans aucun doule, ceux qui se réunissaienl ainsi à !'Évêché se disaient qu'il faudrail peul-Mre un jour faire doucement violence à Pache comme au 10 août on fil doucemenl violence à Pélion. Mais je crois que, du côté de la Commune, le calcul fut différent. Pache, avec sa manière simple, avec sa tenacilé,discrèle, s'il n'élail pas plus brave que Pélion, avait moins que lui la peur des responsabilités. Il ne lui convenait pas de fermer les yeux sur un mouvement qui pouvait s'achever en révolution. Il tenait à lier à la Commune les organisations révolutionnaires qui commençaient à surgir, afin de les contrôler, de les contenir, de prévenir les démarches inconsidérées, mais afin de prendre aussi, aux heures critiques, sa part des responsabilités décisives. Il avait conscience de la grandeur du rôle que pouvait jouer la Commune, el il entendait qu'elle ne fùl ni débordée par des .téméraires, ni écartée par eux du premier plan de l'aclion el du péril. Il savait qu'en période !révolulionnaire il fallait être présent à tous les événements pour n'être pas entrainé à l'al'eugle ou compromis. Plus tard, quand dans un mémoire juslillcalif, à la fois modeste et fier, il résumera son œuvre au ministère de la guerre et à la mairie de Paris, il écrira : • Si mon administration est singulièrement remarquable parce que, dans le choc le plus terrible des factions les plus puissantes, les plus astucieuses, les plus aigries, presqu'au moment de la naissance de la République, et cependant de sa probable destruction, les rives de la Seine n'ont point été ensanglantées, et si je marche avec une écharpe sans tache, entre les terribles mas sacres du Champ-de-llars, les funèbres événements du 2 septembre et les malheureuses répressions des égarements du 10 thermidor et du 11 vendémiaire qu'un maire bien intentionné eût prévenues; enU n, si me servant ouvertement de tous les partis lorsqu'ils présentaient des vues et des tendances utiles à la marche de la Révolution el à l'établissement de la République, et les contrariant tous aussi nettement lorsqu'ils se livraient aux projets de leurs

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