Jean Jaurès - La Convention

IIISTOII\E SOCI.\LIS'r!; 1203 Mais ce qui esl à uoler, c'est que son altitude a suggéré ou pennis celle hypothèse. Levasseur, caractérisant !"action de Danton depuis le i" avril, constate .:elle pensée persistante d'union jusque dans les plus terribles éclats de colère: • Cependant, malgré sa généreuse colère, Danton fil encore plusieurs lenlalivcs de retour vers la paix, mais son langage 6lail entièrement chanc;é, cl il lançait à chaque occ 1sion importante, contre le côté droit. les traits véhéments quïl avait jusque-là réservés aux ennemis publics. » Et parlant du discours de Pbilippeaux, il ajoute (en commettant d'ail• leurs quelques erreurs de fait) : ,, Les applaudissements qui accueillirent ce discours, l'empre,sement avec lequel le décret de Philippcau.t fut adopté prouvèrent qu'il y avait encore dans le ,cil\ de la Convention une majorité bien intentionnée. En effet, le ~larais commençait à se lasser de !a domination des beaux diseurs de la droite, et à s'apercevoir que ce parti était aussi stérile en ses moyens de gouvernement, aussi incapable en pralique que fécond en belles phrases et en inutiles Lhéorif'S.Aussi, quoiqu'une improbation formelle frappât les pétitionnaires, les Girondins regardèrent avec raison celle décision spontanée comme une défaite. Le bruit courut alors que la démarclte de P!,ilippeaux lui avait été suggérée par Danton, trop au-dessu.<des animosith personnelles pour ne pa, protéger encore ses ennemis, mais qui ne i-oulait pas prendre la parole en leur faveur aµ,·ès la viole11te sortie à laquelle ils r avaient poussé presque malgré lui; quoi qu'il en soit, le décrfl de Philippeaux peut encorn être regardé comme une lrève, mais ce rut la dernière. » lei Levasseur, dont les souvenir:; sont 5i nets et si exacts d"habilude, se trompe. Le décret de Phili1>peau1 ne fut point adopté. Grangeneuve lui cria: • Prt)cbez d'exemple aux Jacobins». Gensonné ajouta:« Le projet rlu préopinanl me parall encore plus calo,nuieux que la pétition, el c'est pourquoi je m'oppose àl'impression ».Ella Convention, comme je !"ai dil, pas,a à J"ordrc du jour. Je l'avoue, au point où en était la bataille el après le cqup de fourlre rlu l" avril, les hésitaliùnS et les ménagements de Danton me paraissent une faute. li trouvait sans doute dangereux el cruel de mutiler la Convention, de réduire, au moins en apparence, la base snr laquelle portait la Révolution. Il sentait bien qu'après l'élimination de la Gironde il ne pourrait plus pratiquer celte large politique oü il excellait, et qu'il serait enfermé avec Hobespierre dans le cercle un peu étroit du jacobinisme sectaire. Surtout, il lui en coùtait de ne sauver la Révolulion que par le sacrifice d'une partie de la Révolution. Mais il était funeste de prolonger celle lutte qui ressemblait à une agonie. El il était urgent d'en finir. Aussi bien la Gironde elle-même ne répondait plus que par des railleries ou des cris de colère et de mépris aux suprêmes tentatives de réconciliation équivoque. Elle aussi voulait le combat décisU et à fond.

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