Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOClA LISTE 1143 Plu, d·uoe fois déjà, de, symptômes inquiétants avaient révélé une sour,le colè're, un malaise proroncl. n·é,:oï,me étroit cl d'horiLOn borné, les hommes de ces r(·gions acceptaient les bienfaits de la Rérolnlion elen répuiliaienl les charges. Lesùifllculli•• inhilablcs qui accompagnent l<•sgrands changements ~ociam mème les plu, farnra!Jlcs les bles,aienl. Les fermiers des biens des émigrés avaient dù, en plusieurs districts, payer la totalité de lïm1 ôt, celui qui étail dù p1r l'émigré comme celui qui était dù par le fermier lui-m~me. Les acquéreurs de biens nationaux n'entraient pa, immédiatement en jonissance, parce que les admini;trations de la r<'gie nationale prélevaient encore sur le revenu du domaine certaines redcrnnce, qui y éta•er.t attachées, N qui n'avaient pas été vendues avec lui. Tous ces grief,, emportés ailleurs par le grand mouvement de la Rérnlulion et par une audacieuse espérance, fermentaient dans la vie immobile el stagnante de l'Ouesl et achevaient l'e,aspéralion du fanatisme blessé. Quand Je roi fut condamné à mort, il y eut en ces régions une émotion d·é-,oï,me plus encore que de pitié. L'Europe allait se souleYer sans doute el il faudrait partir : il faudrait que h's jeunes hommes quillent leurs fiancées, ak,nrlonnenl le cbamp paternel. Pourquoi? parce que des révolutionnaires dé11onc, 1 - par d'autres révolutionnaires comme des meurlriers, comme des cannibales, avaient eu soif du sang d'un roi. Le procureur syndic du dblricl de, Sa!Jles-d'Olonne a très bien traduit, dans une lellre du 24 janvier au~ arlminislraleurs du département de la Vendée, ce mélange confus el redoutable de ;nier~ : « Quonl au moral, Je crois que la tr~s grande partie du peuple, que le sol orgueil de l'aristocratie appelait paysans, esl entièrement corrompue par le fanatisme et par les efforts des ennemis intérieurs. J'ai ::_ovuent eu des exemples que le parjure n'était pas même un frein pour celle classe d·bommes égarrs et simples; j'en ai souvent eu encore de son injustice et de sa cruauté; ces hommes d'ailleurs sont continuellement inquiets, irrésolus el beaucoup d'entre eu, ne prendront sûrement d'a\Jlre parti que celui du plus forl. • Quant au politique, les mêmes individus sonl également incapables d'en rai•onner comme d'y rien concevoir. La Révolution esl pour eux une longue suite d'injustices dont ils se plaignent sans savoir pourquoi. Ils regrettent lrurs anciens privilégiés, tandis que ces hommes ambilieux les écrasaient de leur morgue el de leur tyrannie; ils regrettent les prêtres déportés, Landis que ces hypocrites les trompaient en volant leur argent. Ils croient la religion perdue par un serment qui n'a eu po11rbut que d'assurer l'exécution d'une loi civile; Ils baissent les prêtres ftdèles à la loi parce que, moins dissimulés ou moins fourbes que les prêtres réfractaire~, ils parlent le langage de la liberté et de la nature. Ils redoutent les autorités constituées, comme ils s'en défient, tandis qu'elles ne sont créées que pour faire leur bonheur ...

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