Jean Jaurès - La Convention

11~0 IIIS'rorn E soc, ALIST [~ prote!'l.alion tourna court, el qu'il se borna à demander que les jurés fussent pris ,lans Lous les d6partcments. El il constata, au demeurant, son accord complet avec la Montagne. Danlo!1 n'équivoquait pas ainsi. JI avait plus de franchise el de courage. Mais pourquo:, au mc,mcnl môme où il semblait comme obsédé du danger de la pairie el où il s'appliquait Loul ensemble à soulever Pl à organiser la nél'olulion, Danton s"avisa•l•il de· demander la mise en liberté des prisonniers pour dettes? On démêle assez mal quel rapport celle mesure, si humaine cl si équilable qu'elle fût, avait avec les grands el poignants intérèls de la pairie en danger. Or, Danton a presque l'air, àès le début de la séance du o, d'en faire la préface n6cessaire el solennelle des grandes mesures cle salut nationa!. « Avant de vous entretenir de ces grands objets, je viens vous demander la déclaration d'un principe trop longtemps méconnu, l'abolition d'une erreur funeste, la destruction de la lyra11nie de la richesse sur la misère. Si la mesure que je propose est adoptée, bientôt ce Pill, le Breteuil de la diplomatie anglaise, el ce Burke, l'abbé ~laury du Parlement britannique, q11idonnent aujourd'hui au peuple anglais une impulsion si contraire à la liberlê, seront anéantis. « Que clemanclez-vous? Yous voulez que tous les Français s'arment pour la défense commune. Eh bien! il est une classe d'hommes qu'aucun crime n'a souillée, qui a drs brns, mais qui n'a pas la liberté, c·esl celle des malheureux détenus pour delles; c·esl une honte pour l'humanité, pour la philosophie, qu'un homme, eu recernnt dr l'argent, puisse hypoLbéquer cl sapersonne et sa sùrelé. " 1 i'i/s applaudis;ements.) A la bonne heure, cl le décret par lequel la Convention abolit sur l'heure la contrainte par corps est excellent. La proposition eut un grand écho. Ro• bespierre, qui semble, dar.s touLe celle crise, le lieutenant de Danton, s'empresse à demander que les prisonniers de Paris soient élargis immédiatement. Thirion célèbre le soir aux Jacobins le décreL : « Danton toujours grand, toujours lui-milme, a fait triompher le :irincipe de l"éternelle justice, en obtenant l'abolition de la contrainte par corps : la caustJ du malheureux devient de plus en plus ,acrée. » Mais Danton, quoiqu'il fùl humain, n'était point sentimental; el je resle surpris qu'à .l'heure où tant de soucis devaient étreindre sa pensée, l'abolition de la contrainte par corps ail pris soudain tant de place dans son esprit. Se figurait-il vraiment que cette mesure humaine allait avoir d'emblée un lei retentissement européen que les tyrans, leurs orateurs el leurs ministres seraient comme foudroyés par l'exemple de l'humanité française? Dans la phrase où il annonce que Pill et Burke seront par là mortellement frappés, il y aurait vraiment trop de naïveté si elle n'était pas une sim• pie parade oratoire. Danton avait-il été frappé par la pensée de Condorcet,

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