Jean Jaurès - La Convention

1112 lllSTOII\E SOCIALlSTJ;; la bêle sanglante I El nolct qu'il averlil tians une nole que , cc n'esl pas aux patriotes de la llonlagne, mais à ceux du reste de la Convenlion • qu'il s'adresse. De ccu, de la ~Ionlagnc il ne doulc pas, il sait qu'ils l'onl soutenu dans celte crise. )lais il espérail que l'esprit de la Montagne s'était répandu au delà, dans l'ensemble de la Convention. et il a une d6ception. De nouveau, il se livre à un accès de pessimisme, d'orgueil amer el de colère. « Je le répète, l'alleinle porlée, à mon sujet, à la liberté de la presse esl alarmanle. Quanl à moi, je saurai bien m'élever au-dessus; je ne suis poinl comme vous né d'hier à la liberté, j'en ai sucé l'amour avec le lait de ma nourrice, el j'élais libre depuis quarante ans que la France n'était encore peuplée que d'esclaves. Ma plume n'eut jamais d'aulre frein que celui de la vérité; en dépit de Lous les décrets du monde, elle n'en connatlra jamais d'autre, quand je devrais aujourd'hui renlrcr rlans mon souterrain : je vais donc en user au jour avec vous dans toute sa plénitude. • Yous voyez tout en beau, je vois tout en noir, qui de vous ou de moi a raison? Considérez l'élal acluel de la France, la profonde misère où le peuple languit, les dilapidalions énormes de la fortune publique, l'épuisement rapide de ses dernières ressources, l'oppression des amis de la liberté, l'insolence de ses ennemis, les machinations éternelles des meneurs qui occupenl toutes les places d'autorité el qu_idominent jusqu'au sein du Sénat national, les troubles qui agilenl la République, les accaparemenls, les vols, les brigandages, les massacres, les désordres de Loule espèce'qui la désolent, les désastres qui la menacent au dedans, les danger, qui la menacent au dehors, el puis prononcez, si vous en avez Je courage. • Marat oublie un moment que lui aussi, il y a quelques semaines seulemenl, il avail • vu les chose, en beau •· ~lais en tout cas, même quand il a une rechute de désespoir, sïl enlrevoit le salul et le remède, c'est dans l'action régulière el accrue de la vigoureuse Montagne, ce n'est pas dans l'agitalion des Enragés qui, en discrédilanl la Monlagne, compromellent la seule cbance qui resle à la Révolulion. El bien loin de se laisser entrainer par le dépil à bouder à la Convention, Marat, gui au fond se rend bien comple que son malencontreux article du 25 a se,rvi la cause de ses ennemis et des ennemis de la Montagne, va essayer d'en allénuer l'e!îel en se montrant, dans la crise de Belgique, un homme d'ordre, un homme de gouvernement. Aussi bien, il ne reprochail pas seulement aux Enragés leur défiance à l'égard de Loule la Convention, leur tendance boslile àla Montagne elle-même el à la députation de Paris. Sur le rond du problème économique, il élait ra dicalement séparé d'eux. Eux, ils ne voulaienl ni abandonner l'assignat ni le reslreindre. Ils proposaient au contraire de lui donner une sorte de royaul6 sociale en le débarrassant de la concurrence de l'or el de l'argent, el en lui soumettant en gage loules les propriélés foncières. C'est par là qu'ils espéraient rélablir l'équilibre entre l'assignat révolutionnaire el les denrées. Au

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