Jean Jaurès - La Convention

1108 IIIS'l'OIR.i,; SOCIALIST8 /ail et birn rrr~édans la politique, de sorte que j'étais peut-être le seul en Fronce qui p1it aller au-devant des dangers dont la pairie était menacée, qui pût <il'masquer les traitres avant môme qu'ils se fussent mis ~n vue, qui pOt déjouer leurs complots, pré,·oir les 6vénements, et présager les suites inévitables de toutes les machinations. Comme les v6rités que je publiais n'étaient pas à la portée des lecteurs ordinaires, elles n"ont pas d'abord produit une vil'e impression sur le peuple; ce n'est même le plus souvent qu'après que l'év6nement les avait justifiées, que le public me rendait justice, en me qualifiant de prophète. « A l'égard des machinateurs, je me suis presque toujours contenté de préparer leur chute, en les démasquant à l'avance et en les travaillant sans relâche, de sorte qu'après que je les ai entrainés sur les bords de l'abîme, il n·a plus fallu qu'un coup de pied pour les y précipiter; ce coup de pied, j'ai souvent dédaigné de le donner, n'aimant point à lutter contre des ennemis terrassés; aussi a-t-on l'U presque toujours les journalistes tomber à l'envi sur les trallres, au moment où je cessai de m'en occuper. " Dans sa joie orgueilleuse de prophète triomphant, :llarat s'épanouit el s'adoucit. :llême quand il avoue les journées de septembre, même quand il rappelle te conseil qu'il donna « de dresser huit cents potences pour les traitres constituants •, on- sent que sa fureur est tombée et que sa méthode se lransl'orme. 11a voulu faire peur aux ennemis de la Révolution tant que la Ré"olution était en péril. Maintenant elle est sauvée, et Marat semble heureux de reprendre contact avec la vie commune, de goûter ces joies de la sympathie qu'il avait comme oubliées dans l'àpre combat. Il a même, à ce moment, dans son journal, des accès de gaité joviale qui sont, je crois, sans précédent dans son œu vre. Avec une sorte d'humour qui n'est pas sans charme il se démet de ses fonctions de dictateur, il licencie les ~lontagnards groupés autour de lui, en leur rappelant, d'un ton d'ironie discrète et fine, combien peu ils l'ont soutenu dans les jours d'orage. « Lundi dernier, jour à jamais mémorable dans les fastes de notre république naissante, toutes les tètes couronnées de la terre ont été dégradées par les Français en la personne de Louis XVI. Adieu donc l'éclat des trônes, le prestige des grandeurs mondaiues, le talisman des puissances célestes, adieu tout respect humain pour les autorités constituées elles-mêmes, quand elles ne commandent pas par les vertus, quand elles déplaisent au peuple, quand elles a[ectent quelque tendance à s'élever au-dessus du commun niveau. :llalière à réflexion pour les ambitieux 1 « Après cela, le moyen de songer encore à retenir dans mes mains la place de dictateur lt laquelle m'ont porté les ùabitants de la Montagne; celte charge si imposante, qui ralliait autour de moi tous ces intrépides guerriers, qui leur faisait faire de si grands etrorls pour me venger, quand j'éuÎis attaqué par les factieux du côlé droit, qui leur fit déployer un si grandcaractère

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