Jean Jaurès - La Convention

1106 HISTOIRE SOCIALISTE toutes les ,lis:;ensions qui ont divisé jusqu'ici le Sénat de la nation se seraient éteintes sur la Lomhe de Pellelier. Vaine allente : le soir même de son enterrement, elles ont éclaté avec fureur au sujet de la nomination d'un nouveau pn'sident; aucune des marques rie mépris et de haine que les deux partis ont coutume de se prodiguer n'a été épargnée, de sorte que l'illusion du rétablissement de la concorde n'a duré qu'un instant. « Youloir que des hommes ennemis de la Révolution par sentiment, par principes, par intérêts, se sacrifient de bonne foi à la patrie, c'est vouloir une chose impossible; car les hommes ne chan~ent pas de cœur comme le serpent change de peau. Attendons-nous donc à les voir sans cesse luller contre les amis du bien public, toutes les fois qu'ils n'auront pas à craindrn d'être notés d'infamie. Il ne s'agit donc plus de vivre en paix avec eux, mais de leur déclarer une guerre éternelle, et de les contenir par la crainte de l'opprobre, et de les forcer au bien par le soin de leur propre salut. J'aurais fort désiré pouvoir déposer le fouet de la censure, mais il est plus de saison que jamais; je renouvelle donc ici l'engagement sacré que j'ai pris à l'ouverture de la Convention de rester dans son sein non seulement pour vouer les traîlres àl'exécralion publique, mais pour noter dïnfamie les ennemis du bien commun, les faux amis de la liberté ». Mais s~ après une courte trève, il se décide à l'éternel combat contre la Gironde, il ne ,eut pa,; avoir dans la Révolulion d'autres ennemis. Je dirais presque qu'il n'a plus le courage d'agrandir ses haioes. Il a Lous les jour; davantage bc,oin de sympathie et d'estime. Il se lasse de faire peur, de faire horreur; el il veut rester uni aux patriotes de la Montagne, les rassurer, étendre peu à peu sur eux son influence. « Quoique déterminé, dit-il dans ce même numéro du 28 janvier, à imprimer le cachet de l'opprobre sur le front de tout ennemi déclaré de la patrie, je n'en suis pas moins jaloux de ramener sur mon compte mes collè9ues intè9res qui pourraient encore at'oir quelque prévention contre moi. Ayant besoin de leurs suffrar1espour faire le bien, je me fais un devofr d'aller au devant d'e1t:x, et de dissiper les impressions défavorables qu'on a cherché à leur donner en me peignant comme une tête exaltée, el un cœw· féroce, pour avoir quelqtlPfois conseill,1 à' immoler des coupables au salut 71ublic.S'ils p,-ennent la peine d'examiner avec soin dans quelles circonstances ce conseil, que commandait le malheur des temps, est sorti de ma plume, ils reconnaitraient que je suis le plus humain des lwmnws. • JI ne se désayoue pas; il ne se renie pas; il recommence même l'apologie des massacres de septembre qu'un moment il avait paru déplorer. Maisil veut dis:iper le plus possible les craintes et les haines qui s'attachent à ,ou nom. Les événements qui ont juslillé pl us d'une de ses prophétie,;, ont, en flallant son amour-propre, apaisé son cœur. Il raconte que ses collègues lui ont dil : • Tu es donc prophète, :llarat? • le jour où la correspondance de Mirabeau avec

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