Jean Jaurès - La Convention

1084 IIIS'l'OinE SOClALIS'rE bentzl el Spit•lman ont élé éloignés des alîaires pour n'avoir pas voulu y entrer. >> Encore une fois, ce n'est pas ainsi que Dumouriez a trahi. Ce ,onl là ,anteries de diplomates autrichiens qui veuknl allriuuer à leur habileté les évèncmrnts heureux. El ,;ans doute, pour ne pas blesser leur amourpropre, Dumouriez laissail dire. li semble même qu'il a encouragé la légende par quelques paroles vagues. Fersen, dans une lellre du 29 a1ril, écrite de Bru,clles au régent de Suède, raconte qu'il « a causé longuement• avec Dumouriez à Aix-la-Chapelle. • Enfin, la conversation avec Dumouriez m'a persuadé, encore plus que je ne r,•tais, qu'aucun bon mouvement n'a dicté sa conduite, et qu'elle ne l'a élé que par lïmpos:>ibililé qu'il arnil reconnue de résister plus longtemps, el le désir qu'il amil de se sauver de la chute générale et de faire oublier tous ses torts par un f(rand service. Il li avail plus de Irais mois qu'il avait pressenti celle nt!cessité el qu'il avail négocié pou,· cet objet. » Quand il parlera ainsi, Dumouriez se calomniera lui-même: el il ne faut pas que les complaisances misérables, par lesquelles il exas-erail el antidatait sa trahison, faussent pour nous Je se11sde sa campagne de Hollande. li désirait et il ,·oulail la victoire. El il ne savait pas au juste, à ce moment, quel mage il en ferail. Peul-être, selon Je plan exposé dans ses illémoires, il se lourncrail contre la Révolution, peut-être aussi essaierait-il, par l'éclat renouvelé el accru de son prestige, de la séduire, de l'entrainer à sa suite el de la gouverner. C'est sans doute dans celte vue qu'il lançait contre le stathouder une proclamation toute vibrante de l'accent révolulim,naire. Il allait ainsi, flollant entre des pensées incertaines, mais animé de celle infatigable espérance qui était comme Je ressort de son èlre et l'excellence de sa nature.· D'un premier élan il s'empare ùe Bréda, où les soldats français dansent la Carmagnole sur le glacis de la citadelle, el de Gertruydenberg: el comme s'il fallait qu'une griserie d'orgueil el de conquôle se mêlât aux victoires de la liberté, Condorcet el Delaunay, annonçant dans leur journal la prise de Gertruydenberg écrivent: • Ainsi l'armée des sans-culolles a vengé les injures de Louis XIV». Mais comme il poussail sa roule sur Rotterdam il apprit que Je prince de Cobourg s'était porté sur la Ruhr, puis sur la Meuse, avail débloqué Maëstricht, enlevé Aix-la-Chapelle, refoulé les forces françaises surprises et désemparées, el occupé Liège. C'était un coup terrible. C'était la Révolution obligée soudain à la défensive. ~lais dans celle crise, la Révolution ne désespère pas d'elle-même el elle ne désespère pas de Dumouriez. Il semble même que son autorité s'accroit de ces revers inallendus. C'est parce qu'il n'était pas là que l'armée de Belgique a été surprise. Lui parti, elle est comme sans âme. De Liège, le 3 mars, les commissaires de la Convention, Gossuin, Delacroix, Merlin, écrivent au Comité de Défense générale;

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