Jean Jaurès - La Convention

JllSTOlllE SOCIALISTE 1081 11 llollancle ou il côté d't,!lr unP république autonome el à tcndancrs con,rr- ,atrice,, Dumomi,•1. en cOt éle sans aucun cloute le chef pro,·i•oirr cl l'organisateur; cl avec ce point d'appui, avec le, forces militaires française~ qui lni hb,cnt restées fidèles, il pouvait tenter sur Paris un coup de main. li pou,aiL c•~ayer une sorte de coup d'État feuillant contre la Rholution jacobinP, di- ,isée contre elle-m~me par la lutte de la ~lonta~nc et de la Gironck, el emeloppéc, à l'Ouest, à Lyon, clan, une partie du hli<li,à Paris mûme, de forces hostile, à demi latentes encore, évoquées ~oudain et animées 1,ar l'audace du général victorieux. Ce que Lafayelle avait manqué en juin 1î02, parce qu'il était venu seul, parce qu'il n'arnit pas sur son armée le prc,tigr• que donne la ,ictoire, Dumouriez allait l'accomplir ... El sans doute, quand il aurait donné à la France déchirée el surmenée la pai,, la gloire, l'ordre, quand il aurait garanti la liberté en la me,uranl, il recevrail de la reconnaissance publique une magnifique récompense. Ou bien il ~erail le conseiller éclatant el ohéi de la monarchie traditionnelle par lui restaurée sur des bases modernes. Ou peul-Mre même l'alliance rêvée par lui de la République belge el batave, dont il serail sans doute le rhef, aYec la France, prendrait la forme d'une sorte de protectorat de Dumouriez, s'étendant sur la fédération des Républiques belge, batave el française, gouvernées <lehaut par un général victorieux doublé d'un diplomate habile, el appuyé sur une armée puissante. Yoilà sans doute les éclairs d'espérance, incertains malgré tout el brisés, qui traver,aienl en zigzag l'esprit de Dumouriez, sur lequel peu il peu descendail la nuit de la lrahison. Car il n'y amil pas seulement, en ce projet, insubor•lination el ré\'Olte, il y avait aussi félonie. Dumouriez, en effet, ne pouvait combattre la Ré,·olulion ~ans livrer la France à l'étranger qu'à la condition de réussir vile et de réussir parlout. Il fallait qu'il fùl capable loul ememlJle de contenir les Impériaux ae,courus pour dépecer la France, el de renverser le pou,·oir révolmionnaire. li fallait qu'il rot assuré de dominer à la fois la France et le monde. S'il réussissait en Hollande, s'il arrêtait l'armte bigarrée de l'Autriche en marche sur le Rhin, mai:; s'il se brisait contre la l\évolulion, il n'avait plus de refuge qu'au près de l'étranger naguère \'aincu par lui; s'il subis,ait, dans sa lutte contre l'étranger, quelque grave revers, mais s'il réussis-ail malgré tout dans son entreprise violente contre la Révolution, il n'étail plus coi.lrc celle-ci que l'avanl-garde de l'étranger. Ainsi, en toute hypothè,e, un succès partiel faisail de lui un traitre. Pour n'être qu'un révolté ~.ms tomher dan~ la trahison, il était condamné à gagner la partie, toute la partie, el contre les forces ennemies qui menaçaient la France el contre les forces révolutionnaires qui la gouvernaient. Mai:;quand on s·expose soi-même à trahir son pays si on ne réussit Jas pleinement la tentatil'e la plus difficile, la plus compliquée et la plus ba~artleuse, on est déjà un traitre. Et il esle!Trayanl que, parmi les risques qu'il prétendait courir el qu'il courail peul-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==