Jean Jaurès - La Convention

iO<H JIJSTOlllls SOCIALISTE mel de sursis, la sentence de morl srrail immédiatement suivie de l'exécution, cl dire: dans les 24 heures, n'ajoutait rien. )lais c'étnil, pour lrs trois révolutionnaires lyonnais, l'écho des paroles de Chalier, de sa véhémence sanglante, le·reflel de la pétition. )lais quoi! le tyran esl mort ella conspiration ne ce,,e p1s ! El la misère s'acharne encore sur le peuple'. Ah! que d'ennemis subsislen l encore! Les contre-révolutionnaires mas4ués, les prêtres, les riches! El comme, en une frénésie d'impuissance, s'exallenl l'âme cl la parole de Chalier! « Le tyran des corps est brisé: maintenant, s·écrie-l-il en jetant à terre un crucifix, il faul briser le lyran <leslime,. » )lot profond, el où la conscience lyonnai,e se révèle. c·esl le seul mol, dans toute la Révolution, qui ail cel accent et cette portée. Partout, ou presque partout, c'est à l'Eglise seule, c'est au sacerdoce que s'en prennent les révolutionnaires. Ou bien ils opposen l le Christ à l'l,~lise, ou bien ils le négligent comme un pauvre ôlre subalterne dont la fourberie des prêtres a fait un dieu pom exploiter les hommes. Chalier seul a co,npris l'action directe du Christ: seul, il a s'enli dans le my,licisme lyonnais le contact intérieur el profond de Jésus cl des nmes: le supplicié les émeut et les attire, non par l'artifice des prêtres, mais par la pitié, par la tendresse égarée el folle. Tyran des âmes I c'est un mot de reproche el de colère, où il y a encore comme une secrète adoration. Par quelle fatalité faut-il qu'il détourne les humbles du chemin de combat, qu'il les abso,·be el mèmc qu'il les console? Qu'il laisse donc aux hommes toute; leurs douleurs pour leur laisser toute leur rholle.11 devient, par sa lendre,se attirante et fa,cinanle, le complice des égoïstes, des riches, des prêtres avides. li éblouit le peuple <lesa honte, el il le livre, sans le vouloir, aux tyrans de la terre. Qu'il soit frappé, lui qui fut peut-ôlre bon, pour que les méchants soient frappés. Le peuple a assez longtemps pleuré son dieu; il fant enOn qu'il se pleure lui-même; qu'il se pleur~ et qu'il se ,cnge et qu'il se délivre. Chalier convoque la foule, sur la place des Terreaux, le 28 jan der, et il lui fail jurer« d'exterminer loul ce qui existe sous le nom d'.trislocralc,, de fcuillantins, de modérés, d'égoîsles, d'agioteurs, d'accapareur,, d'usuriers, ainsi que la caste sacerdotale fanatique.• El toujours, toujours, c'est le double anathème politique el social qui retentit. Était-il cruel? Non sans donle. Il avait une dangereuse inquiétude mystique. qui pouvait soudain se convertir en fureur. Parfois, au Lemps de son adolescrnce, quand il se destinait à la prNri-e, il avait confié à ses compagnons son agitation d'esprit. Il trouvait Dieu trop calme, il lui reprochait de laisser l'univers s'assoupir dans une sorte de routine; lui, il aurait sans cesse houle versé le monde pour le refaire, renouvelé les étoiles cl le soleil. Applique nu monde social, ce besoin de commotions sans Lul el sans règle pou,ail aboutir à une sorte de délire pseudo-révolutionnaire. Il a1·ait gardé le ton apocalyptique el prophétique

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