Jean Jaurès - La Convention I

832 IIISTOlllE SuClALJS'l'E plus vile. li est hicn \'rai qu'ici le droit de propriété n'apparait plus incontestable: il n·e,l pas dcmontré, rn elfcl, que l'homme qui a produit tel objet esl celui qui en f'em le meilleur usage, tJUi en tirera, en somme, le J,lus de joie; il n·c,t pas démontré rnrlout que, dans les échanges auxquels va donner lieu la part des produit, qu'il ne consomme pas lui-même, il se Cûnduil avec ~aorrsseet dans le plu, grand intérèt commun. 1lais si chaque individu intervenait pour régler remploi des produit, créés par un autre individu, ce serait une « anarchie universelle ». Et si le, hommes intervenaient collectivement, cc serait une contrainte infinie et un « esclavage uni"ersel ». Celle seconde forme de la propriété doit ,lonc, mt):ne si elle n·e,t pas toujours pleinement justifiée, garder un libre jeu. )lais il e,t un troi:;ième clcgré de propriété, < celui qui excite le plus Li vigilante atlenlion des hommes dans les Étals civilisés de l'Europe», celtli qui est l'objet des convoiti,es les plus passionnées et de~ elîorts les plus hardi,. • C'est le système, qur/les qu'en soient d'aille11rs les formes partic11lières, qui donne à wi homme la facullé de di<poserdes pi·oduits de l'industrie d"un a11ti·ehomme. Il n'y a presque aucune espèce de richesse, de dépense ou de l11xeexistant dans une société civi/isi'e, qui ne procède expressément du travail manuel, de l'habileté cor;iorelle (corporal induslry) des habitants d1t pays. Les productions spontanées de la terre sont pe1t de chose et ne contribuent que faiblement à la richess,,, au luxe, à la splendeur. Tout homme peut calculer, à chaquP verre de vin qu'il boit, à chaque omemeut qu'il attache à sa personne, combim d'indioidus ont été condamnés à l'esclavage et à la sueur, à une ùicess(wte beso_qne,à une ins11f(isa11tenow-riture, à im labeur sans trève, â une diplorable ignorance et à une brutale insensibilité, pour qu'il ail ces objets de luxr. Les hommes s'en imposent étrangement à e11x-mêmeslorsqu ïls parlent de la propi·iété qui leur est léguée par leurs andtres. La proprù:té est produite par le travail quotidien des hommes qui existent maintenant. Tout ce que leurs ancètres ont légué a11xpossédants d'aujow•d'lmi, c·est une patente moisie q11°ilsexhibent comme w, titre à extotquer de leur prochain cr que leur procltain produit. » Le problème esl po,é en termes d'une netteté terrible; Marx lui-même n'a pas dit avec plus Je force que c·est le travail, et le travail vivant, qui est le vrai créateur de toule richesse, Pt il faut se rappeler, si nous voulons comprendre la Révolution française dans toutes ses directions et dans Ioules ses profondeurs, que, de !"aveu de Godwin lui-m~me, c'est l'ébranlement de la llévolulion qui le décida à publier ces afflrmalions hardies, à donner corps à ces idées. Mais c'est la solution qui, pour Goù\\in, semble flottante. Les communistes d'aujourd'hui ne songent pas un instant à arrêter la production des objets de luxe, tout le trarnil délicat el puissant de l'industrie moderne. Ils veulent, au contraire, en transférant graduellement à la collectivité des tra-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==