Jean Jaurès - La Convention I

11ISTOJ flE SOCIALISTE pa, eu le couragP de s·y oppo,er. 11><1iqtue l'Augleterre, déjà émue par l'ou- ,erlure ,le l'Escaut, rr,loule um' entreprise année de la France rnr la Hollauùe; rt il reproduit l'appel aux Bataves où Condorcet, le I" <léccm!Jr,', les provoque à la Hé,oluliun. 11 n'ignore pas que les provocations révolutionna'rcs ,cnues de Fr,mcr exa~père11lpresque toutes les classes an<;"laiscs,el il n'nvcrlil pas la Convention! El il ne proteste pas contre son présillent Grégoire qui répond, comme nous t'avons vu, à la dépul·llion d'un club anglai,, qu'une Convention nationale siègera IJicnlôl en Angleterre ! Hobe,pierrc aussi se lait. Lui qui, au commencement de 1i02, avait si courageusement lutté contre la politique de guerre, el dénoncé les illusions, lui gui avait rappelé que la Hévolutiou française n'avait pu se produire que parce que, à l'origine, les classes possédantes el éclairées y parlici,,èrenl, lui qui avait dit que le peuple seul élail impuis,·1nt; avec q11e11,,force il eût pu établir qu'il n'y avait aucune chance d'entraîner dans un mouvement cle révululion celle Angleterre où les classes privilégiées, IJien loin d'aider les « liasses classes» pour une œuvre de liberlé et de progrès, étaient soutenues par les « basses classes• pour une œuvre de conservation et de pri l'ilèg~ ! Lui qui redoulait si justement que de; longues guerres, indéfiniment continuées, sorlît enfin le despotisme militaire, de quels accents prophétiques il aurail pu annoncer l'épuisement prochain de la France révolutionnaire surmenée par une lutte disproportionnée contre le monde! Une chance s·orrrait de limiter cette lutte, c·é.lail de maintenir la paix avec L'Angleterre. L'effort commun et pre,gue dése,péré de tous les partis ré1olutionnaires aurait clûètre de sau- ,cr celle chance unique de paix el de liberté. Pour,1uoi ne le firent-il, pas? Pourquoi n'eurent-ils qu'une politique inco,uislanle et contradictoire, faite lour à lourde provocation;; et de conces,ions? C'est peut-etre parce qu'une double griserie commençait à envahir la l'raace: griserie de liberté expansi~e, griserie de gloire militaire. C'est surlûul parce que tous les parti~, tous les individus étaient al,sorbés par des luttes fratricides, parce qu'ils craignaient qu'une démarche de sagesse, de modération el de bon sen, fùt interprétée par la faction rivale comme une sorte de trahison. Us se haï:;,;aienl les uns les autres, ils- se calomniaieal les uas les autres, ils a1aienl peur les uns des autres, cl ils ne pouvaient pratiquer, dans cet isoleruent, dans celle défiaoce, une politique qui ne pouvait réussir que par l'accord cle tous. L'Europe n'aurait pas vu un signe de faiblesse d.111sune polilic1ue de paix el de prudence que la Révolution aurait adoptée, pour ainsi dire, d'un seul front et d'un seul cœur. Mab quoi I Robespierre calomniait la Gironde et prélenllait qu'elle avait voulu livrer la France à Brunswick; la Gironde calomniait Robespierre, elle l'accusait de prétendre à la dictature, et elle ramassait contre lui d'ignominieux papiers de police. Mm• Roland el Buzot délestaient Danton qui aurait pu couvrir de sa magnifique audace une politique de prudence el de transac-

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