Jean Jaurès - La Convention I

802 li !STOi n E SOC! A LISTE r."ctaient diclér, que par la crainte, que par l'inqujétude sur le .ort d'une eom(•die qui se prrparail. • Tout il coup. la sc,'ne change; le roi d'Angleterre, par dem proclamations clu i'' décrml,rr. ordonne ,de meure l,1 milice sur pied, convoque le ParlemPnl I our le 16 décrmbre, lorsqu'il ne doit s'assembler que dans le cour- de jnn1i1 r, fait marcher des troupes sur Londres, fortifie la Tuur, l'arme de canons, et déploi,, un appareil formidable de guerre. Et contre qui tous ,es préparatifs étaient-ils destinés? Contre le Livre clrs D,·oils de l'llomme, tic Thomas Paine. LI' ministre annonçait que cel ouvrage avait perverti Lous les esprits, qu'il s'était fo,mé uue secte révolutionnaire qui voulait r,·uYcrser le goU\·ernen,enl anglais, le remplacer par une Convention nationale; que celle secte a1ail ses comités secrets, ses clubs, ses corre,pondances: c1ue ses Jiairnns étaient étroites avec les Jacobins de Paris; qu'elle envoya il des apôtres pour e~citer la révoile par toute l'Angleterre ...... Ces mesures du minblère an1,lais remplirent, et au delà, toutes se, espérances. Il se fil une coalition rapide el nombreuse de toutes les créatures de la cour, des hommes en place, O(', noble:;, des prôlres, des riches propriétaires, de tous les capitalistes, des hommes qui Yivenl des abus. lis inondèrent les gazettes de lrurs prolc!lations de dévouement pour la Conslitulion anglaise, d'horreur pour notre Révolution, de haine pour les anarchi~les; et la secousse qu'ils imprimèrent à /'opinion publique fui telle qu'en moim de quelqaes jours toute l'.lnr;leurre /111 aux genoux des mini<tres : que la haine ta plus violente succéda, dans le cœur de presque tous les A119/ais,à la vénération que leur avait in,pirée la dernière révolution de la France. » Quoi! en quelques Juurs, un si prodigieux renversemcnL des e,prits'? Ce serait impossible s'il n·y avait pas eu, dans taule la pensée et dans Loule la , ie anglaises, un fond conserrnleur. Oui, beaucoup d'Anglais avaient de la S}mpalhie el même de la vénération pour une Révolution de liberté; ils en eicusaienl même parl'ois la violence, el étaient prêts à s'inspirer de ses principes pour réformer peu à peu, dans le sens de la démocratie, leur • Constitution; mais à la triple co11<iitiooque celle réforme ne prendrait pas des allure,; révolulion11aires, que la France ne se permellrail aucune ingérence dans les affaires intérieures de l'Angleterre, et qu'elle ne profilerait pas de ,a propagande sur le continent pour s'agrandir des peu1ile:; rnisins el mo lifler à ~on profll l'équilil,re de l'Europe. Voilà les craintes el les scrupules qu'il follail ménager, el Brissot se reprochait sans doute tout bas de s'èlre laissé aller au cours des événements, de n'avoir eu ni fermeté ni pré1·oyance dans la politique avec l'Angleterre_ Sans don te, le-- très nombreuses correspondances lie Londres que Ilrissol, depuis le Dix-Août, insère dans son journal, le Patriote français, n'avaient pas le Lon de fanfaronna le du Journal de Prudhomme. Elles marquent bien, il est vrai, les progrès de l'esprit révolutionnaire en Angleterre. Elles exa-

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