Jean Jaurès - La Convention I

788 lllSTûlllE SOCIALISTE pas les intérêts de la bourgeoisie. « Ce ne sont pas les principes qui sont mauvais et doi,ent ()tre réprouvés, mais l'abus qui en a été fail. C'est de l'ahus des principes et non des principes mêmes qu'ont découlé tous les maux qui uflligent.la France. L'usage qu'ont fait les l~rançais du mot d' « égalité • prôle au plus haut degré aux objections. Si on le prend dans le sens où euxmômes l'ont pris, il n'est rien de plus innocent: car que disent-ils? • Tous les hommes sont égaux en droits•· .J'accorde très bien cela: tous les hommes ont des droits égaux, des droits égaux à des choses inégales; l'un a un shilling, un autre a mille livres; l'un a un collage, un autre a un palais; mais le droit chez les deux est le même, un droit égal de jouir, un droit égal d'hériter et d'acquérir, et de posséder l'héritage et l'acquisition. • C'était une définition bien formelle et bien bourgeoise de l'égalité : en fait, elle répondait aux tendances dominantes de la bourgeoisie révolutionnaire de France; mais le mouvement social de la Révolution allait au delà: il était plus substmtiel, il tendait à un certain rapprochement, à un certain equilibre des conditions el des fortunes. Fox atténuait et amortissait le sens du mot « égalit6 » pour réagir contre la propagande de panique et de terreur des privilégiés. Peut-ètre, dans l'instabilité et l'inquiétude de l'esprit anglais à ce moment, etH-il dépendu de Pilt, s'il s·était porté du côté de Fox, de constituer un parti de réformes politiques qui aurait compris une part importante de la bourgeoisie industrielle et de la classe ouvrière et qui aurait étendu la puissance de la démocratie sans mettre un moment en question la propriété . .\fais il y a l'ail chez les possédants et les dirigeants un commencement de frayeur, et le ministère, en celle fin de 1792, croyait avoir intérêt à fomenter ces craintes plus qu'à les calmer. C'est que les l'ictoires de la France avaient brusquement modifié le point de vue de Pilt, et démenti ses prévision~. Il ne voulait pas intervenir dans les atraires intérieures de la France, et il a1•ait tenu l'Angleterre à l'écart de la première coalition parce qu'il croyait que la France désorganisée, livrée à l'anarchie, succomberait à l'assaut des puissances européennes. Ainsi, l'Angleterre, pour son action poli li que et surtout commerciale dans le monde, avait un double bénéfice, le bénéfice de la paix qui lui permettait de produire beaucoup, el le bénéfice de l'abaissement de la France, sa rivale sur les marchés . .\lais voici qu'au lieu d'èlre abaissée et atraiblie, la France de la Révolution abat les rois, refoule les armées ennemies, s'agrandit par la libre adhésion de la Savoie, pénètre en Allemagne, occupe la Belgique. Voici qu'en Belgique elle fait acle d'autorité, et, brisant par sa seule volonté un traité qui liait plusieurs puissances, traité placé sous la protection de l'Angleterre, elle rend aux Belges la libre navigation de l'Escaut. Voici donc que la France déborde sur l'Europe, et qu'il est à craindre qu'elle n'utilise, au profil de son commerce et de ses manufactures,, la. vaste influence qu'elle

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