Jean Jaurès - La Convention I

JI I STOlllE SOCIALISTE 787 Voilà des paroles qu'aucun arislocrale l"rançai:; n'aurait prononcée,; aux Etals Générau,. ~lais leur violence même el leur bassesse alleslenl la parl de tactique el ùe ruse qui se mêle, même chez le fougueux orateur irlandais, à l'indignation el à la frayeur. Si vraiment le peuple des salariés ~nglai~ avail été disposé à la révolulion, si on avail senti en lui une force frémis,ttnle el prêle à éclaler, les réacteurs les plus véhéments se seraient abslenus de 9rovocalions aussi imprudentes. Elles démontrent qu'en fait les conservateurs anglais ne redoutaient pas les• basses classes » autant qu'ils voulaient bien le dire. Il esl imposible qu'ils airnl cru sérieusement à la menace d'une révolution de propriété. J'ai déjà montré que les conditions sociales de l'An~lelerre d'alors n'y permettaient pas l'application des« Droits de l'Homme» faite en France à la propriété cor11oralive de l'Église. En France même, la propriété inllividuelle était respectée: el bien loin que la • loi agraire•• dont le secrétaire d'État Dundas. se serl comme d'un épournntail, pllt êlre transportée de France en Angleterre, elle élHil désavouée el combattue par Lousles ré10lulionnaircs français. Ce que les classes dirigeanles d'Anglcler.·e redoutaient réellemenl, c'était la réformr démocraliqUP, de la Constilulion, c'était la lrès large eücnsion du droil de suffrage et l'abolition des privilèges poliliques et des distinctions héréditaires. Sans doute les :-alari6,, les • pauvres paysans», les • pauvres compagnons illellrés », une fois en possession du droit de sulîrage, en auraient mô pour améliorer peu à peu leur condition économique, el c·esl la probablement ce qui pr6occupail les fermiers el les grands industrie!s (qrea/ ma1111/acturers) qui étaient allés faire part de leurs craintes à Dundas. )lais aucune c invasion • du droit de propriété n'était à redouter. Je ne peux voir dans les déclamations du ministre et des orateurs anglais à ce sujel qu'une manœuvre pour détourner non seulement de la révolution mais de Loule politique de réforme les hautes classes dont une partie aurait pu être lcnléo par l'exemple de générosilé que donnèrent en iiS!? quelques-uns des uo!Jles de France et les classes mo}ennes. En fait, l'adresse envoyée à la Com·ention par la ville de Shefllcld, par les chefs d'industrie aussi bien que par les ouvriers, démontre que les clas,;es moyennes n'étaienl pas unanime,; à blilmcr les principes de la llévolulion. La bourgeoisie industrielle élail en plu< d'un point symJ)alhi!IUC à un mou vcmenl qui devait accroitre son action politique el qui répondait aussi à ces vaste,; pensées que développent parfois les grandes affaires. l~oxLradui- ~ail ce sentiment de la partie la plus libérale des classes moyennes lor,qu'il s'écriait à la Chambre de; communes, lei" fovricr 1793: « Se laisse:: pas se répaudre la fatale opinion qu'entre ceux qui ont de la propriété el ceux qui n'ni 0111pas il 11epeul y avoir communauté dï11térêls et co11111w11a111é de ,e1111111e111s. • Il s'appliquait à définir l'égalilé en un sens qui n'inquiélait

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