HISTOIRE SOCIALISTE 761 puissances de réduire d'emblée de moitié leur marine el de proposer aux autres nations une réduction équivalente. C'esl avec les économies réalisées sur les dépenses militaires que seraient créés. pour une large part, les services sociaux institué par Paine au profil du travail, de l'enfance et de la vieillesse. Et il lui paraissait qu'il n'y aurait vraiment liberté que « lorsque les ateUers seraient pleins, lorsque les prisons seraient vides, et qu'on ne rencontrerait plus un seul mendiant dans les rues•· Paix, désarmement, suffrage universel, éducation universelle, assurance universelle contre tous les risques de la vie, voilà le programme nel et grand de Paine. El comme ses livres, presque immédiatement traduits, portaient en France sa pensée, le fleuve de la Révolution se grossissait sans cesse d'idées et de forces admirables. On dirait que toul flot humain a dO.couler un moment dans ce grand lit. Le livre de Paine prenait le public anglais à la fois par la hardiesse brutale de la forme el par l'ampleur des idées : « Je défie, écrivail Paine orgueilleusement, que la venle des livres qui me réfutent atteigne le quart de la vente du mien. • Si nous n'avions vu, à l'analyse de fond de l'étal politique et social de l'Angleterre, par quelles ancres indéracinables le vieux vaisseau de la Conslilu tion anglaise était encore retenu, nous serions "tentés de croire qu'il va êlre soulevé et emporté par le.Ilot, par le large courant de démocratie aruenle. La Révolution française ne passionnait pas seulement l'esprit des réforma leurs, elle enflammait l'âme des poètes et leurs rêves. C'élail une grande leçon, c'était aussi un grand el émouvant spectacle que ce peuple s'éveillant soudain, et tout enlier, à la liberté. La chute de la Bastille avait fait frissonner la terre, au plus profond des rouelles servitudes, comme si les tombeaux mêmes avaient reçu une commotion de vie. La grande joie fraternelle ue la Fédération avail ému au loin el enivré les cœurs. Quelle pitié, disent même les plus médiocres des opuscules où Burke est réfuté, quelle p:tié que cel homme d'imagination en soit encore à célébrer la vieille chevalerie et les ,·ieux tournois, et qu'il n'ait pas vu ce qu'il y a de grandeur chevaleresque dans celle réunion enthousiaste des provinces et des villes abjurant les antiques rivalités, brisant les antiques privilèges! Presque toute la génération des poètes anglais qui grandissait alors fut touchée par le vif rayon de beauté el de liberté de la Révolution française. Chose curieuse! En France mtlme, il n'y a pas eu un seul grand poète inspiré par la Révolution. André Chénier en a été surtoul!le satiriste, l'iambiste amer. Les événements étaient trop ardents, lrop pressants:pour que le rêve pùl se jouer. La 0amme de l'action, de la colère, de !"espérance violente dévorait la pensée. Comme les nuées qu'Jb:;orbe l'espace trop chaud et qui ne ressuscitent soudain que dans le tumulle de l'orage, les douces et juvéniles rêveries des âmes tendres étaient ab,orbée; par la chaleur croissante des chos~;;et des espr\ts.
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