728 HISTOJnE SOCIALISTE les fidèles comliluaienl le gouvernement, fui ému du magnifique exemple d'égalité que <lonnail la France. Enfin, comment les prolétaires eux-mêmes, si misérables parfois, si accablés par les lois de l'enrôlemenl el par la presse des marins, si écrasés aussi par les classes riches, n'auraient-ils pas eu un sursaut à la vue de ces prolé• Laires de France, de ces paysans du Dauphiné ou de la Bourgogne, de ces ouvriers de Paris, qui se jetaient dans le mouvement, abattaient l'orgueil des nobles el des prélats somptueux, renversaient les chateaux el la Bastille, el exigeaienl des pouvoirs publics le pain blanc à bon marché? Ainsi, par trois sources, des forces révolutionnaires jaillissaient. à celle date, du sol anglais ébranlé par la grande commotion de la France. Quelle fui d'abord, el dès les premiers jours, l'étendue el la profondeur du mouvement? li est malaisé de le dire. Prieslley, dans ses Observations sur les lettres de Burke et de Calonne, prétend que c'est Burke lui-même qui, par la violence de ses polémiques conlre La Révolu lion française, a appelé sur elle l'allenlion du peuple anglais. « Avant son livre (c'est-à-dire avant la fin de 1790), il y avait quatre-vingt-dix-neuf Anglais sur cent qui vivaienl dans !'ignorance complète des événements de France. • Cela est sans doute excessif; mais l"ébranlement ne dut ~lre ni rapide ni vaste. Burke s'émut lorsqu'en octobre 1790, Richard Price, qui était à la fois un savant économiste el financier el un ardent prédicateur unitarien, fit du haut de la chaire l'éloge enthousiaste de la Révolution française, et lorsque, à la- suite de ce sermon, une adresse fut envoyée à la Constituante au nom de la • Revolutionary Society». L'ardent orateur irlandais avait gardé, malgré son àge, une grande impétuosité d'imagination. Il pressentit que tout l'ordre politique et social de l'Angleterre serait un jour ébranlé par la communication du mouvement révolutionnaire. li était whig. li avait combattu avec Fox contre Pill el la couronne. Il avait soutenu la cause de l'émancipation des colonies américaines. Mais s'il voulait Jouer, sur la scène de l'oligarchie anglaise, des rôles éclatants el généreux, il n'entendait pas que l'ordre de la reprœenlalion fût troublé et que le peuple montât sur le lhéiltre. C'était de plus un homme vénal qui avait reçu des subsides des colonies américaines, el qui recevait maintenant, en secret, une pension du roi. .Je me demande si la découverte el la publication du fameux Livre rouge françai,, où étaient inscrites toutes les pensions des courtisans, ne fut pas un grief déci,H de Burke contre la Révolu lion. li la combattit avec une sorte de haine. Elle le menaçait dans ses habitudes d'esprit, de parade et de gloire. Elle le menaçait aussi dans la sécurité de sa vie pompeuse el tarée. Transportée en Angleterre, elle pouvait briser le cadre éclatant où se mouvait son personnage, el tarir la source des revenus ,ecrets. C'est dans un volumineux pamphlet : Réflexions sur la Révolution de France, qu'à la fin de 1700 il exhala sa colère. Je laisse de côté ce qui n'est que brillante invective ou dé-
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