Jean Jaurès - La Convention I

li lSTOlllE SOCIALISTI~ troJJ1p,'11r,quoiqnïl soit •pécictn. Car, en premier lieu, nous n'avons pa~, dnrant u11,,trè, lonp1c série d'a11nées, expérimenté une liaison commerciale a1t'C la France. et nons ne pouvon,, par sui Ir. faire une évaluation rationnelle d~ ,,,_ m('riles: ri e11second lieu, qnoiquïl puisse être vrai qu'un système d,' ,.,,talion, comnwrciales fondé sur le traité d'lllrecht nous ail été dommaf:<'ahl,', il ne s'ensuit pas du tout qnïl en est aujourd'hui de même : car en a 11•111ple<;,111111111fact111·es, oû mai11te11ant nous excellons. P.J:istail'lllâ peine, et la primauté indnetrielle était du côté de 1,, France au lieu d'être de ·ce côL••-ci.. li serait ridicule d'imaginer que la France consentirait à nous accorder des avantages ,ans réciprocité. Le traité est un bien pour elle. )lais je n'hé,ilr pas à dire, m,'me au ,·u el au su de la France, que si avantageux qu'il 'soit pour elle, le traité l'est encore plus pour nous. La preuve de celte a-,erlron esl brève el déci,ive. La France gagne pour ses vins el autres produits un grand el opulent marché. );ous de mème, mJis il un bien plus haut degré. Elle so procure un marché de huit millions d'homme:;, nous un marché de vingt-quatre millions. La France gagne ce marché pour ses produits nat,,rc>l<.qui n'emploient à leur prépar,llion qu'un petit nombre de bras, qui nr donnent qu'un faible encouragement à la navigation et qui ne rapportent que peu au budget. .Yom gagnons ce grand marché pour nos man11fac111res, (j 11i t•mJJloient dPS cr11t11i11edse mille hommes, qui, en faisant unir le$ matiire, premiircs de tous les coins du monde, acctoissent noire puissance 11u,ritimr, et qui, dans toutes leurs combinaisons el à Lou, les degrés de leur prqçi·,. contribue, t largemenl au, ressources de l'Éls.l. • .\insi \Yilliam Pilt a la nette conscience du caractère industriel de l'.\ngll'lerre nouvelle. Depuis soixante-dix ans, depuis le traité d'Utrecht, iÏ y a eu une rèl"Olution économi9ue dans le pays. li était essentiellement agricole, il c,t devenu e;senlicllement industriel .. \ coup sûr, Pitt ne songe pas un instant à léser les intérêts ou à rabattre les prétentions <le la grande propriété foncière. il ne songe pas, par exemple, à abolir les droits sur les hl~s et à procurnr ainsi ù l'.n '.uslrie une main-ù'œu..re moins onéreuse. Mais il a le sens que c'est par son industrie surtout, par ses manufacture,, que l'.\nglcLerre prendra dans le monde un magnifique essor. De même que, dans la réforme parlementaire, il voulait ména 0 e1· un peu plus de place à la bourgeoi,ie indmtrielle sans rerouler brutalement les privilèges des possédants terrien,, de même il ne louche à aucune des IJa,es de la richesse agricole; mais c'est surtout da1.s l'intérêt cle l'e,pansion industrielle qu'il négocie avec les aut,·es veuplc~. Pill a a,surné, dans l'hbtoire, la lilche de foire évoluer san, secou~,c ia I ieillc Angleterre de l'ancien régime agricole au nouYeau régi1ne industriel el capilali-le. Il est à lu fois conservateur el moderne. ELpour cet te politique de transformation et d'expansion, il a besoin de la paix, ,urtoul dr la paix aire la !'rance, mais d'une pait avertie et forte, toujours prèle, s'il le faut, à la 1i;;ou1euse défen:,ive ou à l'olîensil'C opportune.

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