Jean Jaurès - La Convention I

648 HISTOIRE SOCIALISTE d'c,Lraits que je peux, car le livre appartient à la Convention nationale, à laquelle il a été envoyé. » Quelles dramatiques rencontres des idées et des esprits I el quels enchainements de la démocratie el du communisme! Lé plus hardi lutteur révolutionnaire de l'Allemagne, le seul homme d'aclion qui se soit levé de la démocratie allemande est à Paris, et là, au lendemain même du jour où il a lu, arec un plaisir mêlé de résislance, l'œuvre d'un communiste allemand, il lit a1ec joie l'œuvre du grand communiste anglais, sur l'exemplaire que celui-ci a enl'oyé à la Convention nationale. La Révolution française dépassait el débordait infiniment même ses propres affirmations immédiates, même la forme présente où elle enfermait la réalité. Elle avait beau répudier la loi agraire, maintenir la propriété indivit1uelle : comme elle était l'extrême démocratie, le communisme démocratique allait à elle, se reconnaissait en elle. Elle était comme le centre ardent de toutes les idées nouvelles, et en cette fournaise il y avait une telle puissance de chaleur et de flamme qu'elle-même pourrait dévorer bientôt les moules provisoires qu'elle avait fondus. Aussi, en l'esprit de Forster, penché .;ur la Révolution, le communisme un peu abstrait el utopique de !'écrivain allemand s'échaulîait soudain, et rayonnait de toutes les forces de la vie. li n'y avait donc pas une seule force de la pensée française qui n'eüt son équivalent ou son analogue en Allemagne. Visiblement, Loule la Révolution en Lous ses élément,, en toutes ses tendances, agissait sur l'Allemagne et y pénétrait. ~lais comme toutes ces forces y étaient amorties! Comme le mouvement en Allemagne est lent el incertain, contrarié par toutes les défiances de l'esprit national en formation! CP,n'esl que peu à peu, el sous une forme nationaliste, que l'Allemagne assimilera une partie de la l\évolution française. El nous pouvons être sürs dès la fin tle 1702, que la Révolution française se heurtera, en Allemagne, à bien des obstacles. En Suisse aussi, elle se heurtait à bien des résistances et des défiances. Dans plusieurs cantons, à Zurich, à Berne, les influences aristocratiques dominaient. Un patriciat de nobles et de riches bourgeois avait absorbé presque tout le pouvoir. A Genève, pendant toul le xvm• siècle, la lulle s'était poursuivie entre l'aristocratie et la démocratie, comme l'a très nettement montré ~!. llenri Pazy dans sa substantielle étude sur les Constitutions de Genève. En 1781, la démocratie avait fait un grand elîorl, el elle avait un moment olJLenula victoire. Par l'édit du 10 février 1781, les pouvoirs du Conseil 1,é· néral, c'est-à-dire du peuple, furent renforcés; des garanties essentielles • furent accordées aux na tifs, c'est-à-dire aux descendants de ceux qui étaient venus s'établir à Genève; la liberté du travail et de l'industrie, réservée jusque-là à certaines catégories bourgeoises, fut étendue à la plupart des habitants, el des atteintes assez profondes furent portées au système féodal.

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