6-14 HISTOIRE SOCIALISTE connait plus les bienséances ?-Mais s'il y a des métiers répugnants, c'est en partie pune qu'ils sont sales, et il y a bien peu de ces besognes qui ne pour1·aienl ètre 011 supprimées 01, ,·éduites par un autre genre de vie. Cette répugnance tient aussi à une fausse idée des bienséances, et je conviens qu'il est beaucoup de travaux dont la délicate Dame Décence ne peut soutenir un instant la vue sans porter son éventail à son visage. Un !IIONStEUR DE••• s'accommoderait fort mal d"avoir à faire une paire de souliers pour lui-même ou pour un autre. Alais je doute que ce qenre d'occupation lui répugndt plus qu'il ne ,·épugnerait à un b,·ave citoyen, dans une société fondée sur la natu,·e, de jouer le personna_qe d"un MONSIEUR DE.•. Cette mobilité des convenances factices devmit nous 1·assw·e1·,quand bien même la multiplicité des goûts et despenchants humains, qui peuvent êh·e dirigés et stimulés dans le sens des besoins sociaux, ne nous donne,·ait pas la qarantie qu'aucun genre de travail ne manquera p,·écisément d'amateurs. " c·est, comme on voit, l'éternelle et sotte objection qui esl faite, encore aujourd"hui, au socialisme. Mais les joies intimes el profondes que donne la propriété personnelle ne vont-elles point disparaitre ou s'allénuer? « C'est moi qui me suis bâti celle maison : ici est attachée une parcelle de ma vie, el c'est pour cela que ce bien m'esl cher. J'ai planté cet arbre, je l'ai planté pour moi: j'attends qu'il me donne des fruits à moi, el à nul autre, et il m'en vient un rafralchissemenl. Et lorsque je pense qu'il appartiendra à mes eufants, cl que, bien longlemps après que je serai en terre ils pourront se rassembler sous cet arbre el me bénir, oh I cela me fait du bien au cœur 1 El vois : prends-moi maintenant mon arbre el ma maison, mon bonheur n'est plus. - Dieu nous garde que dans Lout un ftal le bonheur sèche comme dans ton cœur. - C'est donc un vrai bonheur que le mien? - C'est un vrai bonheur; mais dis-moi, pourquoi rœil de ton voisin est-il si trouble? - Cela ne doit pas te surprendre. Son attelage s'est abattu, et il est trop pauvre pour en acquérir un autre et pourtant, le fonctionnaire demande la corvée. - Le pauvre.homme! Mais à qui donc élail cel allelage qui s'eslaballu ?-A qui? ... Mais à lui-même, cl à nul autre. - El cet homme n'a point d'arbre planté par lui, et à l'omùre duquel il puisse se reposer el se rafraichir? - Il en a; mais quand le chagrin el le souci sont en nous, il n'y a pas d'ombre qui soit douce. - Et ne souhaiterais-tu point que Lonvoisin aussi fûl joyeux? - Comment ne pas le souhaiter? Mais qui peut lui venir en aide? - Vois: là précisément est la question. Qui peut l'aider'/ qui l'aidera? Il y a plus d'un habitant de ce village qui {>ossèdeplus que ce dont il a besoin; mais ce plus est à lui, et le moi insensi!Jle ne sait rien de la souffrance d'autrui. - Lui feras-tu un grie[ d'avoir ce plus, el de ne pas le donner? - Pas précisémenl. Celui qui est indiflérenl à la souffrance d'autrui doit se garder de se trouver lui-même dans une situation où on le paiera de la même monnaie. Maisun mal qui, dans des
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