Jean Jaurès - La Convention I

036 JJIS'l'OlllE SOCIALISTE ré,olutionnaires de la France. Elle C5l plus hardie en ce qu'elle fait de la reH•ndicalion des hiens d'Eglisr l'affirmation suprême de la conscience lihéréc. Lo rnnlral conclu entre l'Église et les donateurs n'est pas précisément un contrai; il n·a qu'une Yaleur subjecti,e. li ne garde quelque prise sur le donat,'ur ou ses héritiers, que s'ils croient cl continuent à croire à l'action dOracr de l"Église dans un ordre invisible. Donc, la vraie rupture d'un contrat purem,'nl subjectif, c·esl l'afflrmation de la liber lé subjective. Selon Fichte, l"homme qui dit à l'Église: « Rends-moi le bien que je l'ai donné ou que mes ancêtres t'ont donné », lui signiOe par là même: « Je ne crois plus en toi», el c·est dans la profondeur de la conscience que ce contrat illusoire se dénoue, comme il s'y élail noué. La reprise de la propriété sur l'f:gli5e est donc en même temps une reprise de la pensée libre, et de même que l'aliénation apparente du domaine aux mains de J'f;:;lise avait été le signe et l"effet de lu servitude de l'esprit abusé, la revendication du domaine est le signe et l'effet de la liberté reconquise par l'esprit éclairé. Et c'est en un drame intime et profond de la conscience el de la pensée, c'est en une sorte de tragédie intérieure que se résout pour Fichte la grande expropriation révolutionnaire des biens d'Bglise. Oui, cela est plus profond en un sens et plus audacieux que la simple sécularisation. Sur chaque, parcelle de terre laïcisée luit la lumière d"une pensée affranchie. Mais, quand on regarde aux nécessités de l'action, comme celle hardiesse est timide au fond, et paralysante I Si la Prauce révolutionnaire avail fondé le droit à l"expropriation de l'Eglise sur l'émancipation individuelle _desconsciences répudiant la croyance, elle aui-ait à peine détaché quelques parcelles du domaine ecclésiastique. Elle était encore presque toute catholique, cl si pour reprendre aux moines fainéants, aux abbés de cour, aux évêques àe boudoir, leurs prébendes, leurs abbayes, leurs bénéfices, il avait fallu que les citoyens rompent avec J'antique foi, et se délient eux-mêmes de tous les liens d"habitude el de crainte qui les rattachaient à un ordre« invisible », moine$, évêques el abbés auraient retenu pendant des siècles encore les somptueux p1lais, les grasses prairies el les dimes opulentes. Les ré1·olutionnaires s'appliquèrent au contraire à dissocier leur vaste opération politic1ue et sociale du problème de la croyance. :'ion, nous ne voulons pas toucher à la foi. Non, nous ne vous demandons pas à l'égard de rtglbe qui vous dépouille un aveu d'incrédulité. Même si Yous continuez à croire à l'tglise comme f:glise, même si vous avez foi en son odgine surnaturelle el en rn vertu snr11aturelle, vous avez le droit de n'ètre PJS pressurés et spoliés par ses représentants indignes. Et ce n'est pas comme un al,andou, c'est au contraire comme une restitution et comme une épuratio11de la foi, qu'ils pré,enlaient la nationalisation des biens d'tglise. Ce n'est pas en contestant le droit ùe • l'invisible» et en niant la réalité du conlr,1t, que les légi,,tes de la France ruinaient la propriété ecclésiastique. lis aflir-

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