Jean Jaurès - La Convention I

HISTOlRE SOCIALISTE Eglise; je ne reconnais aucune Egli:se; qu<' 1011 Église me prouve son existence dans le monde lisible, je ne sais rien d'on monde invisible. et la puissance de ton f:glise dans celui-ci n'a aucune prise sur moi, car je n·y crois pa<. Tu aurais mieux fait de me dire que celle place appartient à l'homme qui est dans la lune, car si je ne connais pas cet homme, je connais du moins la lune; je ne connais pas ton E~lise et je ne connais pas non plus le monde invi<ible oü il faut qu'elle soit puissante. Laisse donc Ct'lhomme continuer ~a vie dans la lune, ou fais-le descendre sur la terre et me ,Iémontrer ,on druit antérieur de propriété sur celle place; je suis, moi, l'homme rie la terre, cl je veux à mes risques el périls en assumer la propriété. « ~lais si l'f:glise, comme "glise, se rattache à un ordre invisible, elle a néanmoins, dans le mondP, vi,iblc, des représentants qui prélt>ndcnt parler en son nom, qui revenrliquenl en son nom, et qui ont reçu d'elle, comme bénéficiaires, les uiens dont elie di-pose. ~lais cc, bénéficiaires, moi je ne les connais pas. Je ne connais que le uien qu'ils occupent, et qui est le mien. S'ils s'imaginent le tenir légitimement cl'une Égli,e il l'inl'bible pou10ir, c'e,t leur a!îaire el non la mienne, el je n'ai p0inl à les dé !ornmatrer d'illusiuns dont je ne suis pas responsa!Jle, de songrs que je n'ai poinl su,cil~,. Toul ce que je leur dois, en les considérant comme de, infül'iclus réel,, dans le mon,Ie réel, c·csl de lesinrlrmni,er de la plus-,·alue qu'ils auront donnée à mon b!en par leur travail. Celle indemnité ne rn nullement à l'f:glisc dont il- se réclament. Libre à eux de la lui remettre, s'il leur plait. Cc n'est pils comme bénéficiaires ou représentants d'Églisc que je les indemnise, c'est comme travailleurs cl dans la mesure des valeurs que leur traYail a créées. » Ainsi sont réglés par Fichte les droits de l'incliyidu sut· les ùitns d'f:glisc. liais quels seront les rapport, de J'Élal? L'f:tat ne peut avoir, selon Fichte, d'autre droit que celui des indi\·idus. Si la totalité ùes indiYidus qui constituent l'Etat rompent avec l'Église, cessent de croire à clic cl revendiqnent leurs biens, l'État sera fondé il agir comme ces in,li,·idus eu,- mêrnes et il reprendra, comme Étal, les biens que comme État il a,ait donnés à l'Église, maintenant inexistante pour lui. Il reprendr;i, comme État, les bénéfices qu'il a dislriuués au nom d'une Ét:lise qui n'c,t m1'me plus une ombre pour lui, mais un néanl. li reprendra de m~me, comme Etal, les biens revendiqués sur l'Église au nom des individus et dont les individus lui feront a!Jandon, et ceux pour lesquels ne se présenteront pas des héritiers qualWés . .\lais l'hypothèse d'une rupture unanime des indilidas composant l'État avec l'Église el avec la foi c,t chimérique. li n·y aura jamais qu'une portion des citoyens qui sc retirera de tout si·stèmede rap1orts avec l'Église. liais cette portion ira grandissant et c'est en son nom que l'État exercera sur les hiens d'Eglbe une revendication gr,111dissante. Comme on voit, la solution proposée par Fichte pour le proùlèm(; de$ biens d'Églisc est à la foi$ plus hardie et plus timide que celle des légiste,

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