Jean Jaurès - La Convention I

UISTOlllE SOCJ.\LISTE tion an sérieu,, si ~es objection, ne sonl pa, des échappaloires. el s'il ne préfère p;.i, J'inlér~l du pelil nombre des privilégiés au droil el à l'inlérM de loue. • Pour nppliquer ce principe au 1>aysanqui n'a sur son bien aucun droil de i,ropriélé, mais qui l'a simplemenl reçu à usage de son seigneur, il e,l parfailemenl clair qu'il a le droit de rendre ce bien si les services et redevanrr- qt1i le grèvent lui paraissent injustes ou oppressifs. Si le seigneur veut nt'anmoins quïl le garde, ils ne peuvent traiter l'un avec l'autre jusqu'à ce qu'ils ,oient d'accord. « lllais non, dit le drcit lradilionnel, le paysan qui n'a aucune propriélé sur le sol appartient lui-mème au sol; lui-même est une propriélé du seigneur; il ne peut pas s'éloigner du bien comme il veut, le droit ùu seigneur foncier s'étend à sa personne. ~lais ceci est en conlradiclion violente avec le droit ùe l'humanité en soi; c'esl resclal'age dans la pleine acception du mol. Chaque homme peul avoir des droit, sui· les cho,e;, mais .>ucun ne peula1oir un droil immuable sur la porrnnne d'un autre homme; chaque homme a la propriété inaliénable de sa propre personne. «.\ussi longtemps que le serf, eul resler, il peul resler; au;silôt qu'il veul partir, le seigneur doit le labser parlir, el cela en ,erlu de son droil. li ne peul pas dire ici:« J'ai payé en achetant mon bien le droit sur la per,onne de mon ~erf. » Personne ne pouvail lui ,cndre un pareil droil, car personne nr J'aYail. Sïl a payé quelque chose pour cela, il esl trompé, et il p!'ul s'en prendre au vendcm·. Aucun Étal ne peut se rnnler d'ôlre civiiisé quand ce droit inhumain existe encore, q1..andun homme a le droit de dire à un aulre, <1 Tu es ù moi. ,, El Fichte ajoule en une note indignée : « Deux f:tats vvisins avaienl fait un contrat sur la remise réciproque des soldats déserteurs. Dans les provinces frontières des deux Élals le ser\'age, le droit de propriété sur la personne du paysan, était élabli. Depuis longtemps un malheureux, pour échapper à l'inhumanilé de son seigneur, s'élail enfui au dtlà des fronlières, el il étail libre, après les avoir alleinles. ~lais les seigneurs fonciers s'empressèrent des deux parts d'étendre le conlral à la livrai- ~on des paysans fugitifs, el, entre autres, un serf mourut, qui avail fui pour avoir détourné deux ceps de ,ignc. li fut livr6 el succomba aux coups de bàlon. El cela se passail dans les cinq années qui viennent de finir, dans l'État que je considère comme le plus éclairé de l'Allemagne! » Oui, il y a dans Fichte m1accenldeRévolution.Cen'esl pas,comme ~larx l'a dil, avec un dédain un peu sommaire, de l'ensemble del a lilléralurerévolutionnaire allemande de celle époque, une traduction ~édanlesque de l'elîorl de Révolution de la France en « exigence, de la raison pratique ,, et en formules kanliennes. Fichte se passionne pour les droits de l'homme el pour la dignilé humaine, el il esl prôl, visiblement, à entrer dans l'âpre combat pour les ùé-

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