Jean Jaurès - La Convention I

li lS'l'Ollll, S0ClALl5TE rartis, 111 qui lui fabrir1ur les produils indispensables, et qui est pris entre le pro;J1·i•twrc el /p 111archa11.d .liais le pauvre paysan? Encore aujourd'hui il 1-,t une pù'cr d1•la proprù'té foncière, ou bien il fait des co,·vées gratuitrmn,t, 011 ;wur un wlaire démesw·éme11t réd11it. Encore aujow•d'/wi ses fil,, ,·t ses filles, comme une valetaitle lwmi/ir'e, servent le seigneur du do1 , 1,iitir pour u11edérisoire pièce d'arge11t qui, milme il !J a des siècles, 11~ 1·ép11 ndait pas à t,, vale11r des services rendui. Il n'l1 rien et il n'a11rajamais rie11.que de lamentables moyens d'existence au jour le jour. Si le propriétaù·e foncier savait limiter son luxe, il serait depuis lon_qtemps, - à moins qw' le ~ystème commercial subisse un changement complet et d'ailleurs inévitable -- et en tout cas, il deviend,·ait sûrement le possessew· exclusif de toutes les richesses de la nation, et hors de lui auwn homme ne possèderait ,·ien. l"oule:-vous empèchrr cela? Alors faites ce que sans cela mème vous ètes tenus de faire : rende= absolwnmt libre le commerce du patrimoine nalllrel de l'lwmmr, de sr, f,,rces. l'on, vetrez bientôt ce 1·emarq11ablespectacle : le produit de la proprù'té foncière et de toute propriété en rappo,·t inurse avec la grandeur de ces propriétés; la terre, sans des lois agraires violentes, qui toujours sont injustes, se divisera en un nombre toujours croissant·de mains, et notre problème sera résolu. Que celui qui a des yeux pour voir voie; je continue mon chemin, » Il m'est impossible, en transcrivant ces paroles de Fichte, de ne pas me rappeler les discours prononcés à la tribune de la Convention sur la crise des prix, el particulièrement le grand discours de Saint-Just sur la situation économique. Fichte, qui était passionné pour la Itévolulion, suivait à coup sûr de très près les débats de nos Assemblées, Comme Kant qui allait, sur la route de Kœnigsber11,à la rencontre du courrier de France, Fichte lisait sans aucun doute les journaux uù étaient résumées les harangues el opinions des grands révolutionnaires. El il me semble que la force contenue' el hautaine des premiers discours cle Saint-Just devait réjouir le vigoureux esprit, l'âme intrépide et fière de Fichte, L'analogie des idées est saisissante. Comme Saint-Just, c'est à la surabondance du signe monétaire, réel ou fictif, que Fichte attribue la crise générale, la hausse des denrées, la souffrance aiguë du peuple. Ce n'est pas seulement en France, el sous l'action immédiate des assignats, que se produi,ait le phénomène. La crise des prix semble s'ê!re communiquée à toute l'Europe. D'abord, les appels de blé raits 1ar la France en 1780 el 1790 sur tous les marchés européens avaient haussé le prix du pain. De plus, il y avait dans toute l'Europe comme une contagion de fièvre, une tension inaccoutumée de tous les re,sorts. Dans toute la région rhénane, l'affluence soudaine des émigrés avait renchéri la vie. A mainte reprise, Forster constate dans sa correspondance que les denrées sont hors de prix. Les préparalit's de guerre et la guerre même,

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