Jean Jaurès - La Convention I

620 lllS'l'OIRE SOCIALISTE Il semble <lèslors que Fichte, dans sa négation dialectique de l'indemnité, aurait dû aller jusqu'à l'exlrôme hypothèse : le possédant ne doit-il pas Nre indemnisé du risque tout nouveau qu'il court d'être pleinement exproprié, en fait, de sa propriété par le jeu d'une forme nouvelle du contrat de travail? Fichte n'a pas posé nettement cette question aiguë. Mais à vrai dire, logiquement il doit répondre non, et nous n'avons qu'à reprendre, en Je poussant jusqu'au boui, son raisonnement de tout à l'heure. Si, en se faisant payer plus cher, la force de travail supprime tout revenu, et par conséquent toute valeur, et tout être môme de la propriété, c'est donc que l'insuffisance du prix donné jusque-là à la force de travail avait créé tout le revenu, toute la valeur, tout l'être de la propriété. Et comme il avait pris son parti, clans Je passage à une économie sociale nouvelle, à un contrat du travail nouveau, de la diminution de la propriété au profil de la force de travail plus absorbante, il est tenu logiquement de prendre son parti de la suppression complète de la propriété au profit de la force de travail décidément souveraine. Au fond, il n'y a qu'un droit illimité, celui de la force de travail, et le droit de la propriété peul reculer indéfiniment, jusqu'à zéro, devant la puissance grandissante de ce droit. De même que la sympathie humaine de Fichte va aux «opprim.és », avanthier e:;claves ou serfs, aujourd'hui salariés, sa sympathie dialectique, si je puis dire, ,a à la force de travail, seule valeur qui puisse grandir indéfiniment dans le conflit des forces sans mettre en péril la personnalité humaine. El au fond, il laisse bien entendre qu'il espère le triomphe définitif de la force de travail résorbant peu à peu, par de hauts salaires, toute ou presque toute la substance de la propriété. C'est là pour lui le sens, l'idéale et extrême conclusion de l'avènement d'un nouveau et libre contrat de travail substitué au servage. Comme les robespierristes, mais plus fortement qu'eux, Fichte prévoit que le progrès du travail libre dans les démocraties libres aboutira à une clilTusionquasi universelle de la propriété. El que de rapprochements, dans les pages qui suivent, entre les vues de Fichte et quelques-unes des vues les plus hardies de la Révolution! « 01i se plaint dans presque tous les Etats monarchiques de rinégale répa,·lition des richesses, des possessions immenses de quelques-uns, en petit nombre, à cdté de ces grands troupeaux d'hommes qui n'o11trien, el ce phinomi!ne vous étonne avec les Constitttlions d'aujottrd'htti, et votts ne pottve;; pas trouver la solution de ce difficile problème d'opérer une distribution plus égale des biens sans allaquer le droit de propriété? Si tes signes de la valeur des chosesse multiplient, ils se multiplient par la tendance dominante de la plupart des États à s'enrichir att moyen du commerce et des fabriques aux frais de tous les autres États. par le vertigineux trafic de notre temps qui se précipite t'ers ttne catastrophe, et menace d'une ruine complète de leur fabrique tous ceux qui y participent même de loin, par·le crédit illimité qui

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