Jean Jaurès - La Convention I

(HO IIIS'l'OJHE SOCIALISTE Je; plus a\i:;(•s ~ornprcnaicnl bien en .\llcmagne que, pour prévenir un soulhcmenl anale:_;ue il celui de la France, il faudrait réaliser quelques réformes. allrger le fardeau du peuple. Quelques souverains de pclils Étals, nolammcnl le fonla<que et despote margrave de Hesse, eurent bien la pensée qu'il suffirail de mesures répressive; pour écraser même les germes de llévolulion. • El. eu quelques I oinls, la liberlé de la presse, donl s'enorgueillissail depuis un tiers de siècle l'Allemagne de l'Aufklaerun_q, parul menacée. JI fui intcrdil de parler polilique dans les cabarets el les auberges. « Dans les hôlcllerics, il n'y a plus maintenant, disail une Revue salirique, qu'une di!Iérence enlre les hommes el les bêles : c'est que les hommes paient. > Le secret de la correspondance ful parfois violé. Mais l'Allemagne tenait ù la liberté de la pensée, el la réaction s'arrêta. Ainsi, peu ù peu, même par les journaux el les revues qui comballaienl la Révolution, les idées de celle-ci se répandaienl. Et les gouvernements sentai,'nl ap1irocber l'beure des concessions nécessaires. Dans le Nouveau Jluseum allemand, Schlosser, le serviteur el conseiller du margrave Frédéric de Bade, invilail les souverains ù la prudence, ù la prévoyance. « Espérons, écrivait-il, qu'en Allemagne on sera plus sage qu'en France. il est impossible d'empèclter le peuple de constater, pa1· l'exemple mèmc des Français, q.ue les choses pourraient aller autrement qu'elles ne vont, el il faut que le pencbanl à l'obéisrnnce reste assez fort pour neutraliser les impulsions conlrair~s. Or, pour fortifier l'!tabitude de l'obéissance il faut que les pl'inces fassent à temps les réformes indispensables : juste diminution des i111pùt,, limitation des 1·avagesdu gibier, adoucissement des corvées, assistance pour lespauvres, facilités plus grandes données au travail, ferme surveillance des employés de l'État, justice plus rapide, voilà maintenant la seule éloquence qui puisse ditourne1· les sujets de ta révolte. » Ainsi, malgré loul, les idées cheminaient, et d'innombrables semences tombaient dans les ,ilions ouverls. ' :lllême, à l'épreuve de l'action, la haule pensée allemande devenail plus virile ... ilien des esprits sans doute se repliaient, se retiraient. Mais d'autres prenaicnl leur parti de l'inévilable brula li lé des grands mouvements humains. lis mainlenaicnt et élevaient toujours plus haul, contre les fureurs el les menaces croissantes de la réaction, lïdéal du droit et de la liberté, el ils fai- ~aient ainsi, dans l'ordre de la pensée, l'apprentissage du combat. Pestalozzi, averti par l'expérie,ice, renonçait ù procurer le bien du peuple par la sagesse el la bonlé des dirigeanls. Non, les princes, les seigneurs, les baillis n'élaienl presque tous que des égoïstes et des aveugles. Le peuple ne pouvait être sauvé par les chefs qui l'avaienl cxploilô jusque-là. li fallait donc quïl se sau,Al lui-même. lit qu'était la Ri:volulion française, sinon cet efiorl de salul du peuple par lui-m~me? Aussi, donnant congé au Junker Arner et au pasteur de Bonnal, l'estaloui, par une révolulio11 héroïque de sa pensée,

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