Jean Jaurès - La Convention I

IIISTOIHE SUCIALIS'l'E le peuple des pays rhénans subit la double servitude de la conquête cl de la guerre. Qu·esl devenue la promesse première faite aux peuples allemands qu'ils choisiront eux-mômes, en toute souveraineté, la Constitution qui leur conviendra Je mieu\? Maintenant il apparaît aux ~la~ençais quïls ,;ont exposés à tous les hasards, à !"abandon de la l'rance el aux repré>ailles Curieuses de !"évêque el des nobles, s'il5 n'adoptent pas exactement la Constitution française que Custine leur offre à la pointe de son (•pée. Il y amil une contradiction lamentable à être libéré par le vainqueur et à croire que celte libération pourrait se produire selon un autre mode que celui.du Yainqueur. ?\on, non, il y a trop de malaise en celle liberté imposée el façonnée par la conquête, el l'Allemagne ne se sentira libre que le jour où elle se donnera à elle-même la liberté. Forster lui-même est dans une situation terriblement fausse el qui tous les jours s'ag~rave. S'il n'espère pas que la France révolulionnaire, une fois accrue de Mayence el portée jusqu'au Rhin, aidera par son exemple à l'affranchissement politique de toute l'Allemagne, s'il abandonne presque toute la nation allemande il la servitude indéfinie, c'est une sorle de désertion. Qui ne surprend, en tout ce qu"il dit de l"Al!cmagne, une sorte de désespoir? Il déclare que l"horrible spectre diabolique du féodalisme allemand ne pourra êlre chassé que la dague au poing, cl il rail tomber la dague du poing: il arrête aux bords du Rhin le mouvement conquérant de la Révolution. El il retranche de l'Allemagne ces révolutionnaires rhénans qui seuls pouYaienl un peu manier le glaive contre les vieilles tyrannies. Contradiction et ténèbres! De plus, a-u moment mê,me où il appelle les Mayençais à la liberté, à l'indépendance, lui-même a sur l'épaule la lourde main conquérante de Custine. JI ne peul plus se séparer de lui. JI ne peul plus, sous peine de se condamner à un isolement mortel, désarnuer même les fautes du général victorieux. JI les sent pourtant. li sait, et il écril, dans ses notes, dans ses lellres, que Custine commet à Francfort les pires imprudences, qu'en imposant à la bourgeoisie une contribution que sans doute eue eûl consentie de plein gré, si on la lui avait demandée sous forme d'emprunt régulier dans l'intérêt de la liberté allemande, il blesse les inlérêls el les amours-propres. El pourtant il est devenu si fatalement solidaire du ,·ainqueur qu'il adresse aux hilbilants de Francfort un plaidoyer public pour les actes du général quïl bl.lmail le plus. Forster buvait vraiment jusqu'à l"extr~me amertume toute la servitude • allemande. Il avait souffert cruellement, avant la Révolution, el durant même ses premières années, du poids du despotisme qui accablait l'Allemagne. El maintenant, la main étrangère qui soulève ce poids du despotisme se révèle presque aussi pesante, et elle marque de sa lourde empreinte la libe.rlé déformée. 0 impuissance et douleur 1 lllais soudain le destin s'aggra,·e encore. La résistance de l'Allemagne

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