Jean Jaurès - La Convention I

HISTOIRE SOCIALIS'rE u si !"Empire allemarHI ne peul pas garanlir celle Conslitulion mayençaise, r,t-il permis d'espérer que la France la garantira? • ~lai, rnule,-Yous m·r,.pliquer commcnl la République française s'oubliera ellr-mi•mc au point de vous garantir à vous el à l'Empire allemand une C01htitulion qni va juste à contre-sens des principes éternels sur lesquels elle111 ,. 111,. repose, la liberté et l'égalité? Elle a promis son appui à une Conslilution lihre, mais non pas à l'antique escla,age sous un nom nouveau. N'imaginez pas qu·une nalion libre pui,se se contredire aussi violemment elle-même et agir au,si follement. Ne vous éblouissez donc pas de vaines espérances. Comprenez bien, vous tous, les habitants de la ville et de la campagne, que le projet capliem cl qui parall innocent vous conduit à votre perle. Si la République française ne s'intéresse pas à vous dans les stipulaUons de paix, si elle ne vous garantit point une Constitution gui est contraire à ses principes el qu'elle no peut pas vous garantir, que vous reste-il qu'à VOU$remettre aveu1;lémenl, en rebelles vaincus et impuissants, aux mains de vos maîtres d'hier? Abandonnés par la France, abandonnés de tous, vous ne pourrez pas faire vos conditions. Yous denez - ô Lerril!lc destin pour gui connait le despotisme el les aristocrates! - YOUSdenez vous rendre à merci. » C'est un discours d'une admiral!lc force politique, peut-être le seul discours vraiment politique, tout pénélr·é de réalité el tout frémissant de passion, gui ail été prononcé à celle date en Allemagne. Je devais en traduire el en citer de larges e,traits pour donner la sensation exacte, aiguë des problèmes presque dése,pérés qui tourmentaient alors la pensée el la conscience de l'Allrmagne. Le glaive de la Ré\'Olulion oblige l'esprit allemand aux décisions rapide,. La dialecliguede Forster est pressante, et ses conclusions sont nettes. Il ne lai,:;e d'autre refugè aux ~layençais et aux pays du Rhin que dans l'union en ti/>1caYcc la France, dans l'acceptation de l'entière démocratie. Mais comment un lourd malaise n·aurail-il pas pesé sur l'Allemagne·? Ah! certes, c·est awc une force de pensée presque Mrolque que Forster tente de dissiper les ,ieilles défiances, les haines el les préjugés de race. El rien n'est plus beau que celle partie du discours de Forster où il s'empare, au nom de la liberté, de tous les idiomes, de tous les langages de l'univers et où il ne laisse plus à l'esclave que le cri de la l!éte. ~ais quoi! depuis deux générations l'Allemagne rêve de reconstituer son unité politique el nationale par la force de l'unité intellectuelle. La langue allemande, dédaignée encore des puissants, mais enrichie par de grands poètes et dP grands écrivains de merveilleuses beautés, lui apparait comme le vrai lr~sor national, comme la promesse d'unité el de grandeur. ELvoici que la partie la plus progressive, la plus révolutionnaire de l'Allemagne est invitée à se séparer de la patrie allemande, à s·associer à un peuple libre, il est vrai, mais gui parle une autre langne el procède d'une autre tradition. Quel trouble el quel malaise! Voici encore que jusque dans l'acte conslilulir de sa liberté,

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