Jean Jaurès - La Convention I

JIISTOinE SOCIALISTE Germanie sera, comme elle commence à l'être, ,, le centre de Loule la force européenne cl le h:iut aréopage, qui apai~e les dilîérends de tous les peuples ». Dan, la jeunesse des Universités cle Wurtemberg et de Souabe, toutes les esp(·rance, mêlées cl vastes rn répandaient. La Révolution française n'obligea point toul d'abord ces libres el riches esprits à faire un choix entre leurs tendances, à opter entre la liberté et la patrie. Car la Révolution, en ses débnts, fut à la fois une arfirmation de liberté humaine el de paix. Elle abolissait les tyrannies et les privilèges, et condamnait les guerres de conquête. c·e,t donc de Loul cœur que la jeunesse lie l'Univer,ilé de 'l'ubingue et de l'rcole carolienne se donnait d'abord à la Révolution, et Schubart, dans sa C!i,·onique allemande, les y animait. Les étudiants formèrent un vrai club où les journau~ français étaient lus avec enthousiasme, oü des discours enflammés gloriflàienl la liberté. Le voisinage des émigrés qui avaient poussé jusqu'en Souabe les exaspérait, el il y avait des collisions et des duels. Même sous la discipline militaire de l'école carolienne, les étudiants trouvèrent le moyen de former un club secret. Les plus brillants d"cnlre eux, Christophe pr,,IT, Georges Kerner, haranguaient leurs camarades. Jls s'associèrent le 14 juillet 1700à la grande fêle française de la Fédération; el de nuit, trompant la surveillance de leur' chefs qui n'avaient r,oifll prévu un coup aussi audacieux. ils se rendirent dans la salle ducale du trône. Ils installèrent sous le baldaquin une statue en plâlre de la liberté, flanquée des bustes de Brutus el de Démosthène, et ils annoncèrent, en paroles véhémentes, la fin de toutes les l)Tannies. Que la Franr,e révolutionnaire était grande qui faisait ainsi hattre les cœurs ! Les étudiants se risquèrent même à des manifestations publiques. Au.t fêles figurées données à Slullgard en !"honneur des émigrés, des membres de la « Ligue de la liberté » se glissèrent, el une première fois, ils représentèrent, par une 11anlomimc inattendue et contre laquelle on n'osa pas sévir, l'abolition de la noblesse. Premier châtiment des émigrés qui, hors de la patrie qu'ils avaient désertée, trouvaient la moquerie et l'alfront. lis peuvent s'enfoncer au loin, même dans la passive Allemagne, la Révolution est encore là pour l~s bafouer. Une autre fois, au cours des fêtes, les jeunes révolutionnaires brisèrent une urne que portait un de leurs camarades déguisé en dieu Chronos. Et de l'urne s'échappèrent en abondance des bouts de papier oü étaient inscrites des devises de liberté et des attaques contre les princes français. ~lais si ces ruses et espiègleries audacieuses attestent l'esprit de révolution qui fermentait dans la jeunesse, elles témoignent aussi que la révolution en Allemagne n'était pas un large mouvement public. Quelle joie de rencontrer parmi les étudiants de Tubingue à celle époque, et au premier rang des fervents de la liberté, le jeune Schelling el le jeune Hegel! Hegel semblait tout absorbé en ce moment par l'étude de la Grèce, dont il dira plus lard en un discours admirable que « si la Bible a peint le

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