Jean Jaurès - La Convention I

lllS'l'OlllE SOCL.\.LLST& de l'humanité, semi.lie rnvahir parl'ois le cœur des hommes. L'impiloyahle nature ne leur lai,se poinl de ref'OS.Par les nécessaires aiguillons de 1~cupidité, de l'ambition, de l'orgueil, de l'inqniélude, elle les e~cilc el k:; rnOamme el les oblige à des efTorls toujours nouveau,, à des rencontres toujours plus véhémentes a,,ec les hommes el les choses, el aio,i elle pré1,are une vivante el pleine harmonie qui ne sera pas le paresseuI équilibre de forces inerle~, mais l'accord final d'énergie~ actives cl pa~sionnttes. Ces énrrgies aurunl éliminé peu à peu, par la conlinuilé des choc, el la lente usure de la guerre, leurs élémenls antagonistes el se déploieront à lafois dans 'a pui,sance el dans l'ordre. Ce n'est pas, comme ou voil, lïdyllique el naïve allenle du royaume de la pah. Ce n'esl pas la foi candide dans l'avèncmenl de la douceur el dans la réalbation ,·olonlaire de l'universelle bon lé. C'est un optimisme profondément réaliste. puisque c·e,l, 1our ainsi dire, l'inévitable c[et mécanique du choc des forces qui réalisera ùans la nature les e,igences de la raison. Celle-ci aura prise enfin sur le mécanisme des instincts et des paE.sions, mais par ce mécanisme même. Les grandes pério les de l'histoire lahsent nu commencement a·accord quel1ue, garanties cl quel1ues fragments d'humanité, et, comme les générations peuvent se transml•llre ces réalisations partielle, d'humanité, de liberté el de paix, c'est néces,airemenl yers l'harmonie que va la brutale évolution du monde social. La vraie vhilosophie de l'histoire consiste à suivre la formation rle ce palrim,ine humain, à dresser, de période er. période, l'i1<ventaire de l'b:imauité. En résolvant peu it peu les innombrables antagonismes q·1i soul le fond mème de la vie sociale, la natme travaille à résoudre l'anl1gonisme e,sentiel qui e,L en chaque inclhidu humain el qui ill'l tout ensemble sa force el son tourn,cnt. Cet antagonisme fondamental, Kant le résume d'un mol: c'est que l'individu humain a une sociabilit,' insociable. S'il est seul, il est llicnlôl ou ennuyé, ou errrayo de sa solitude. li a hâle de retrouver d'autres hommes et de s'associer à eu,, soit pour se défendre plus aisément contre les périls donl il esl enveloppé, soit pour accrollre sa force par l'action combinée des autres forces, soil pour remplir, par les émotions diverses de la \'ie commune, le vide étrange de la vie . .\lais à peine, poussé par cel inslinct irrésistible de sociabilité, a-t-il rejoinl d'autres hommes el s'esl•il en e[et associé à eux, qu'il éprouve le besoin contraire de reconquérir sa solitude. Il veut défendre jalousemenl sa liberté individuelle el son caprice même. li s'efforce de soumettre les autres ,olonlés à la sienne el par cc despotisme, qui ne laisse subsister qu·une seule volonté, il réalise ce paradoxe ùe transformer, suivant la forte parole de Spino?a, la société même en solitude. Ces den, forces contraires el inséparables cle sociabilité el d'insociabililé se l1eurleronl âprement dans lout le monde social comme en chacun des individus, tant que la nature n'aura

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