Jean Jaurès - La Convention I

5l'I HIS'J'OIHE SOCIALIS'l'E 'l'héoriquenwnt, il n·y a donc awune impo;sibilité à construire le système de ]a vir humaine. rl a démêler Ir, lois générales cl essentielles des sociétés rn mou1·rmcnt, comm" Krpler el Ne1üon démêlèrent les lois des mouvemPnls ,irlérau,. Pratiqurment, il~- a une difficulté extrême; car l'humanité !'~l, en quelque sorle, dans un élal intermédiaire. « Les hommes n'agissrnl pas par pur instinct comme les animau, el pourtant ils n'agissent pas, dans ]('ur ensemble, selon un plan pi·édéterminé comme des citoyens du monde n'obéissant qu'à la raison. • JI n'y a donc dans la vie humaine, dans la vie sociale, ni la fhilé brule de lïnslintL, ni la fixité supérieure de la raison. La ,ie collective de l'humanité est, pour appliquer à la pensée de Kant quelques paroles de Pascal, un « milieu • incertain cl trouble, où les actions el réactions mécaniques des forers aveugles el des passions instinctives sont mùlécs de lueurs dïdée el comme ordonnées parfois par les lignes confuses d'un plan à demi conçu. Quand ~larx dira plus lard que l'humanité n'est encore que dans sa« préhistoire» parce qu'elle esl dominée par les rapports de production au lieu de le, dominer el parce qu'elle n·a pas pris encore la direction consciente des forces sociales inconscientes, il fera une application particulière de la grande id(•e de Kant. )lais, dans celle incertitude, ce flJllemenl et ce mélange, deux choses sont certaines. La première c·esl que la nature, interprétée par l'esprit de l'homme, ne peul a,oir d'autre fin que de procurer, dans le développement de la vie sociale, la victoire de la raison. Or la raison, en qui el par qui chaque liberté se soumet à une règle universelle, fonde par là même l'accord des libertés. El comme la société civile parfaite esLcelle où les libertés ont alleinl le plus haut degré possible d'action aisée et concordante, c·esl lïnslilulion d'une sociétocivile idéale qui esl le but suprème de la nature déployant à travers la durée l'humanité inquiète. Par là, par celle haute lin de liberté, de raison el de volontaire accord proposée au mouvement social, Krnl est noblement idéaliste. ~lais _quel sens concret cl presque brutal rle la réalilé ! Car c·esl du fond de l'animalité que l'homme s'élève vers celle fin idéale; il esl d'abord et essentiellement un animal; et les forces qui agissent en lui sont des forces animales, instinctives, aveugles, el qui ne se règlent qu'à la longue, par l'e[et même des chocs innombrables où elles épuisent peu à peu leur antagonisme. L'hom:ue, dans les limites de sa vie individuelle, ne peul pas réaliser toute sa nature, el bien des germes qui sont en lui périssent. Dans la lutte perpétuelle à laquelle il est condamné, il ne sail pas toujours faire tourner à son prnfit la dure leçon de choses. Ou il s'irrite, ou il s'abat. lllais c'est dans la longue vie de l'espèce que la nature tend à réaliser l'humanité, à dé1elopper el à mùrir Lous les germes qui sont en elle, toutes se, puis~ances obscures et incultes. C'est par une rude méthode que la nature cultive l'humanité el J'oblige à manifester toutes ses ressources. En min un secret désir de paix, de mo lération, d'innocence, pressentiment de l'état futur

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