Jean Jaurès - La Convention I

IIISTOlllE SOCIALISTE fr,incs-maçons élail inœssanle, des siècles passeraient sa11squ'on puisse dire: 11., ont fait ceci? • A in,i, la pensée allemande, à celle période, se platl à développer à l'infini des horizons silencieux. Ce n'est pas, comme le disent si souvent les esprits , ulfraires, la • nuée allemande"• ou le « brouillard allemand •· L'idée au contraire est d'une netteté admirable; mais le germe vigoureux el précis évolue Jrntt•menl dans la durée illimitée. Le présent se discerne à peine dans l'insensible t'l puissant progrès du temps el des choses. Sous l'arbre à la croissance lente qui abrite leur second dialogue Ernst el Falk regardent un moment une fourmilière en mouvement. «- Quelle activité el pourtant quel ordre I Toul porte, traine, pousse, el nulle n·esl un obstacle à une autre. Vois plutôt, elles s'aident les unes les autres. - Les fourmis vivent en société comme les abeilles. - Et en une société bien plus admirable, car elles n'ont personne parmi elle, pour les tenir ensemble el les gouverner. - JI faut donc que l'ordre subsiste sans gouvernement. - Quand chacun sail se gouverner soi-même, pourquoi pas? - El s'il er. élail un jour ainsi parmi les hommes? - C'est bien difficile. - A coup sOr! - Et c'est bien dommage. • Ainsi ils écoulent les conseils profonds cle la nature, el ils enlreroienl des pos,ibilités infinies, mais dans l'é,olution infinie. Toute impatience, Ioule brusquerie d'aclion est coupable el funeste. " N'aie point de souci. Le franc-maçon attend paisiblement le lever du :;oleil, et il laisse brûler les flambeau~ aussi longtemps qu'ils veulent et peu- ,ent brûler. Mais éteindre les flambeaux el, quand ils sont éteint~, s'aperce- ,oir qu'il faut rallumer les bouts de chandelle, ou même dresser d'autres fl,tmbeaux, ce n·esl pas l'affaire du franc-maçon! - Je le pense aussi. Ce qui coOte du sang ne vaut pas une goutte de sang. » Comme on pressent le drame de pensée qui va, à la rencontre de la fiérnlulion francaisc, émouvoir l'esprit allemand ainsi préparé par ses grands hommes! Celte lléYolulion qui éclate à l'horizon, est-ce bien le soleil qui se lève'! Ou est-cc une Oamme d'impatience el de colère, une lueur d'incendie qui crée une illusion d'aurore? JI y aura tout ensemble, chez plusieurs, enthousiasme, trouble, incertitude. QuPllr joie si la nature, révélant cnOn en jets de fl...mme le long chemin ob;,cur accompli sous l'horizon, faisait se lever vraiment un soleil de liberté el de justice! )lab quelle déception si ce n'était là qu'une trompeuse clarté! El même si elle c,t vraie, 8i c'est vrai meni le jour qui se lève, quelle mélan-

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