Jean Jaurès - La Convention I

500 !IISTOIRE SOCIALISTU: -------------------·---- pouillcr un paysan qui r<'sisle, racole da11sle village corrompu ou terrorisé de faux témoins, cl la justice distraite du seigneur, du Junker, dépouille de son champ, de sa ,ache ou de sa prairie le malheureux voué à la ruine. Pe,lalozzi ,a-l-il s'élel'er contre celle puissance arbilraire des seigneut>s et des baillis? Ya-t-il demander une organisalion démocralique de la justice el une administralion populaire de la commune? Il n'y songe même pas un instant. Le bon prêtre, le hon pasteur de Bonnal gémit, impuissant, de tant de maux. li n'a pas prise encore sur les hommes et sur les choses. JI e,stmême presque suspect aux paysans superstitieux et routiniers. Quand il leur rlit qu'il ne croit pas aux apparitions du diable, ils ont peur qu'il altire sur le Yillage la vengeance diabolique. Quand, auprès du lit des mourants, il ne se répand pas en vaines formules de prière mécanique, quand il attend d'al'oir bien démêlé le secret profond, la préoccupation suprême de celui qui va mourir pour lui parler clans le sens même de son âme, ils le prennent d'abord ou pour un incapable, ou pour un indifférent ou pour un jmpie. ~lais lui compte toujours sur la force secrète du bien qui saura trouver ses voies. El voici que le nouvel héritier du domaine seigneurial et de la toutepuissance seigneuriale a l'esprit élevé el !'li.mebonne. La femme d·un pauvre métayer, que le bailli a ruiné au cabaret, va trouver le seigneur pour demander aide. li s'émeut. Un des paysans que le bailli a dépouillés fait peur à celui-ci, un soir, sur la montagne, au moment où le misérable déplaçait une borne de propriété pour s·emparerd'une partie du domaine communal. Le bailli, troublé par l'apparition brusque de l'homme, croit que le diable le pourchasse. EITaré, affolé, il al'oue au pasteur une partie de ses crimes. Ainsi le seigneur apprend que son grand-père, sur de faux témoignages produits par le bailli, a dépouillé une pauvre famille de la prairie qui l'aidait à ,·i l're. li est épouvanté du mal que peut faire l'étourderie des puissants. Et de ce jour il se voue au service de la communauté. Il en sera l'éducateur, le bienfaiteur. El tout d'abord (c'est le roman pédagogique et social, Léonard et Gertrude, écrit en 1780 et en 1785, que je résume), le seigneur convoque l'assemblée de village. 11restitue au paysan dépouillé la prairie usurpée; il casse le méchant bailli el en nomme un autre. JI fait conter aux pay;ans réunis la prétendue.aventure du diable el du bailli par le paysan même que le bailli el!aré a pris pour le dfable. El il se propose de procéder au part~ge et à la mise en v.;leur du bien communal. li~ a un vuste terrain de pâturage, qui ne pro[ite guère qu'aux paysans riches, à proportion de l'importance du troupeau qu'ils y mènent paitre. li serait bien plus utile aux pauvres que celle terre fût répartie entre les familles. On voit que des deux solulions entre lesquelles hésitent, en 1789, les cahiers des pay~ans français : ou reconstituer les communaux, ou, au contraire, les diviser, c'est à celle dernière que se range Pestalozzi.

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