HISTOIRE SOCIALISTE la bourgeoisie allemande du rn,· siècle, u·ayanl pu accomplir elle-même r u,uvre d'unilé nationale qui lui étail assignée par l'histoire, el en ayanl laissé le soin el l'honneur aux Hohenzollern, a cherché à couvrir sa défaillance en alléguan,t, que, dès Frédéric Il, il y a1ail eu pénétration de J'aclion royale et de la pensée allemande. La vie de Lessing, qui a séjourné près d'un dcrui-biècle en Prusse, se prèlail, scion :Il. :llehring, à celle légende, el 1oilà pourquoi la ùourgeobie allemande, par une sorle de domesticité rétrospective, a mis le grand c,prit liure de Lessing dans l'ombre des llohenzollcrn. :\lais que celle coostruclion de M. :llebring esl artificielle el fragile! D'abord, si la bourgeoisie allemande n'esl, selon sa propre expression, qu'un « a1•orlon tardif• dans l'hisloirn du monde, si elle a été radicalement incapable au x1x• siècle d'accomplir sans le concours désastreux des Hohenzollern son œuvrn historique, pourquoi s'élonoer que, dès le Hm· siècle, le plus glorieux des llohenzollern ail contribué, par son aclivilé héroïque, à l'élan des esprils, à l'érnil de la pensée·? Les témoignages abondent de l'inOuence décisive de Frédéric Jl sur le génie de l'Allemagne : c'est comme un sillon d'héroïsme et de gloire qui se prolonge en on sillon de lumière. :Il. Mehring ne parvient pas aisément à se débarrasser du témoignage historique de Gœlbe. « Le premier contenu l'ivanl, élevé el fort ful donné à la pensée allemande par Frédéric II el la guerre de Sepl ans ... Les rois sonl à peindre surtout dans la guerre cl le péril, où ils apparaissent comme les premiers, parce qu'ils délerminenl el partagent le destin de Lous, et soul par là plus intéressants que les dieux qui créent le destin, mais n'en porleot pas leur parl. En ce sens, toute na lion, si elle yeul valoir quelque chose, doit po,sétler une épopée... La Prusse el l'Allemagne protestante acquirenl ainsi pour leur littérature un trésor qui manqua au parti opposé (l'Autriche catholique), e! que celui-ci ne put suppléer plus lard par aucun eITorl... « Je dois parler ici avant toul a1·ec honneur d'une œuvre qui esl bien née de la guerre de Sept ans, et dont la substance esl prise vraimenl du fond nalional de l'Allemagne du Nord... C'esl la pièce de lbéâtre Mina de Bamhelm. • Je n'ai point à rechercher ici si Gœlhe a bien sai,i les rapports parliculiers de l'œuvre de Lessing el de l'aclion de Frédéric li. Peul-être :Il. ..\lehring fait-il vraiment la partie trop belle aux nalionaux-libéraux en traitanl de philistins bourgeois tous ceux qui ont accordé quelque importance à ces paroles de Gœlhe. Mais il ne s'agit poinl ici de Lessing: c'est l'inOuence générale de l'rédéric II sur la vie intellectuelle de l'Allemagne que je dois noter, car elle e1plique pour une part le dèfaul de spontanéité révololionnaire ne la ùourgeoisie allemande à la lin du xvm• siècle. Lessing lui-m6me, quel~ qu'aient élé les déboires de sa vie, ùe quelque ingralilude qu'aient élé payés à Berlin ses services durant la guerre
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