Jean Jaurès - La Convention I

ll!STOIHE SOCIALISTE quants du monde enlier. Quand l'Allemagne est en guerre avec la France révolutionnaire, Hambourg continue son n&goceavec la France sous le drapeau danois, et approvisionne de blé les cités de la Révolution. Ailleurs, c'est sous l'action des décrets princiers ou royaux, c'est grâce aux ouvriers étrangers appelés par Fr6déric, c'est à l'ahri deR privilèges et des monopoles que l'industrie commence à se développer. La bourgeoisie allemande ne ressem!Jle qne médiocrement à celle hourgeoisie franç~isc créancière pour plusieurs milliards du roi de France, incorporée depuis ùcs siècles à une nation unifiée, et assez puis,anto maintenant par l'c!Tet prolongé des règlements de CollJert pour prétendre à la liberté économique el au pouvoir politique. Les oh,rrvalions de Mirabeau concordent en ce point avec celles de ~1œser et li. Birdermann les résume excellemment : •« Celte cla;;se moyenne puissante, intelligente, indépendante p1r la propriété et la libre acti1ilé industrielle qui dans les Élals modernes est le soutien et le ressort du mouv~ment politique, n'était représentée en .\llemagne au xnn• siècle que par un petit nombre d'éléments isolés et sans influence La vieille bourgeûi;;ie, fière de sa force propre, ne se rencontrait presque pl us dans les villes d'Empire; elle avait él6 presque toutJ déracinée par les désastres de la guerre de Trenlr ans. La classe d'artisans, de manufacturiers, de commerçants qui l'avait remplacée dans les Étals monarchiques avait de tout autres fondements de, son existence matérielle: elle dépendait à peu près, directement ou indirectement, de la faveur des princes, des cour•, des administrations el des fonctionnaires; c'est de ce côlé qu'elle avait à craindre ou à espérPr pour ses entreprises. Une grande partie des artisans vivait de métiers que le luxe des cours mulliples, partout répandues, entretenait ... Ainsi toutes les classes cle producteurs étaient liées au ·système dominant. • La bourgeoisie allemande n'élail pas assez puissante pour Nre, comme la bourgeoisie française, son propre débouché; elle était donc engagée à fond dans l'Allrmngno féodale et princière. Tandi;; qu'en France la concen tralion de la noblesse riche à Versailles el à Paris amit déshabilné la bourgeoisie des petites et moyennes villes de compter sur la clientèle des nobles, et qu'à Pal'is même, la mullitude des rentiers, des financiers, assurait aux marchands un large d,·uit, clans l'Allemagne morcelée le négoce et la fabrique subissaient les influences de cour. En d'innombrables petits cercles une bourgeoisie débile allendait le· mbuvement, la vie, des Électeurs, des princes, des évôque~, des grands propriétaires fonciers. Et ces in0uences locales étaient souveraines; la ville était animée au travail ou endormie dans une paresse crapuleuse selon le tempérament, les idées, les intérêts des gouvernants immédiats. Les évêques de Cologne, par exemple, jugeaient plus sage, pour prél'C· nir les mouvements d'un peuple libre, pour amortir les passions uobles et assoupir les consciences, de réduire au miniwum l'activit6 industrielle; il 1eur6tail commode de régner sur une clientèle de mendiants et par elle. De

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